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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/385

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qui marquent le passage d’un état ancien à un ordre nouveau, lorsque le premier, irrémédiablement atteint, achève de se détruire sans que le second se soit encore définitivement établi et consolidé ? Lors du trias, l’atmosphère a perdu de son épaisseur ; elle tend à se dépouiller de ses brumes. Les saisons commencent à se prononcer. Les précipitations aqueuses ne sont plus continues ; elles sont séparées par des intervalles durant lesquels le ciel reste lumineux, éclairé par les rayons directs du soleil. Les types carbonifères, incapables de supporter longtemps cet éclat et de se maintenir en dehors des tièdes ondées qui leur sont indispensables, d’abord cantonnés sur certains points, ont fini par disparaître totalement. Puis, les averses reprennent, et, par une réaction obligée, elles succèdent à des temps de sécheresse relative, et leur violence, leur durée, sont d’autant plus prononcées que l’alternative qui les ramène a moins de constance et de régularité.

Tout cela n’empêche pas que, des approches de l’équateur aux alentours du pôle, il n’y ait encore partout la même distribution des formes végétales et qu’il ne règne, par conséquent, un climat sensiblement uniforme. L’étude des prèles, des conifères et des cycadées de l’âge jurassique conduit à le penser. On voit, quelle que soit au fond la véritable cause à invoquer pour l’explication du phénomène, que l’abaissement de la chaleur et la sérénité relative de l’atmosphère, les variations mêmes du climat dépouillé de sa constante humidité, aboutissant à des alternatives, puis à des saisons définitives, tout ce mouvement s’est opéré avant qu’il soit possible de découvrir des indices de refroidissement polaire.

Plus tard on constate l’inauguration de ce refroidissement, d’abord très faiblement accusé, puis faisant des progrès d’une période à l’autre, et dénotant le point de départ d’une des causes de différenciation les plus actives pour l’ensemble du règne végétal ainsi influencé. Alors seulement, et dans la mesure même de cette ordonnance des latitudes échelonnées, la végétation a perdu son uniformité première ; elle a vu ses élémens présenter des nuances et offrir des oppositions qui n’ont cessé de s’accentuer sous l’action permanente et toujours plus intense des influences locales et des causes secondaires qui se joignirent à la principale. C’est de la réunion et du conflit de tant d’influences et de causes prochaines ou éloignées, les unes générales, les autres particulières et accidentelles, que les espèces sont en définitive sorties. Elles ont toujours combiné leur action, et les causes locales ou, comme on dit en botanique, la station, ont d’autant plus concouru à différencier les plantes que les causes générales ont été elles-mêmes plus énergiquement accentuées.