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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/376

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le plan une fois arrêté ne changera plus (ce sont elles qui constituent les caractères généraux, apanage des divers groupes qui les ont hérités d’un ancêtre commun) ; et des parties variables, demeurées extensibles, au moyen desquelles la plante conserve la faculté de changer de nouveau, non pas indéfiniment, ni sans raison apparente, mais sous l’influence des circonstances de milieu, dans la mesure de cette influence et dans la mesure aussi de l’amplitude de plasticité inhérente à chaque être en particulier. Parmi ces êtres devenus si divers, il est concevable que les uns peuvent subir des ébranlemens, s’étendre et se différencier, ou bien, faute d’exercice ou d’utilité, perdre certains organes atténués ou graduellement éliminés, tandis que d’autres, par suite d’une étroite adaptation, finissent par cesser de pouvoir s’étendre et ne varient plus que dans des limites extrêmement restreintes. Ceux-ci se trouvent alors placés dans l’alternative de se maintenir tels qu’ils sont ou de périr, si les conditions extérieures cessent de les favoriser. C’est bien ce qui arrive, en effet, à certaines espèces rares ou frappées de déclin ; la plante recule devant la concurrence de types plus jeunes ou plus robustes. Elle verra son domaine se restreindre et se diviser. Après avoir été ramenée à des stations de plus en plus limitées, semblables à des îlots perdus au sein d’une vaste mer, qui les entoure et menace de les submerger, elle disparaîtra enfin et passera à l’état d’espèce éteinte, dont les seuls fossiles transmettent le souvenir.

Ainsi, le domaine de la variabilité est essentiellement inégal ; plus restreint ou plus étendu, selon les êtres que l’on considère, il n’embrasse pas toutes leurs parties, qui sont loin d’être influencées par elle de la même manière. L’être inférieur, faiblement différencié et vaguement adapté, peut aussi varier d’une façon plus générale et plus complète ; l’être plus élevé, déjà moins flexible, aura des contours plus arrêtés ; mais l’être tout à fait supérieur, complexe et déterminé dans ses parties principales, ne se prêtera qu’à des variations de détail. Rien de fondamental ne changera en lui ; mais tout ce qui, dans les limites des organes définitivement acquis, demeure susceptible de changement pourra varier sous l’empire des excitations venues du dehors. Le plan lui-même, avec ses traits caractéristiques, restera immuable ; mais les linéamens secondaires de ce plan céderont, comme il arriverait aux massifs et aux allées d’un jardin anglais destiné à être modifié ou prolongé, sans faire jamais disparaître l’harmonie du dessin primitif.

On le voit, aux deux principes de la variabilité et de l’hérédité, qui tout en se combinant agissent en sens contraire l’un de l’autre, et dont la synthèse donne cependant naissance à l’être vivant, il faut joindre, à titre de phénomène propulseur, l’influence du milieu