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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/375

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acte, du moins en puissance. De l’autre, c’est l’hérédité, qui fixe chez les individus les différences acquises et tend à les rendre permanentes. L’être organisé, animal ou plante, est toujours individualisé, quand il ne le serait que momentanément et imparfaitement. En tant qu’individu, il a toujours pour point de départ une cellule unique, dont la multiplication plus ou moins rapide ou étendue et complexe constitue chaque fois aussi l’agrégat individuel. — Ainsi, la cellule ou unité fondamentale est le point de départ de l’individu, de même qu’elle semble avoir été le point de départ de l’ensemble de ce qui a vie ; et, chaque fois que l’organisme s’individualise, il part de cette unité élémentaire pour s’élever plus ou moins, en demeurant conforme dans ce processus particulier aux proportions morphologiques du cadre que l’hérédité lui assigne, sans que cette conformité soit de nature à exclure jamais totalement la tendance à la variabilité. Celle-ci est cependant renfermée dans des limites d’autant plus étroites qu’il existe plus de parties et de fonctions organiques préalablement fixées et devenues soit indispensables, soit au moins utiles à la race qui les aurait acquises, et dans la mesure même de cette utilité. Tout dépend de la proportion des parties devenues fixes, c’est-à-dire plus ou moins soustraites à l’influence de la variabilité et définitivement consolidées, par rapport à celles qui restent ou peuvent redevenir variables, en un mot, susceptibles d’extension ou de changement.

Chez l’individu de race inférieure, l’agrégat cellulaire est relativement peu différencié, et les organes qu’il comporte ne sont ni nettement localisés ni étroitement spécialisés. Ce qu’on a nommé la division du travail organique n’a rien d’achevé, et chaque fonction ou chaque ordre de fonctions se trouvent susceptibles de se suppléer mutuellement. Les parties purement végétatives et les organes uniquement nutritifs chez les végétaux, par exemple, ne sont pas entièrement séparés des parties sexuelles et des organes reproducteurs, séparation qui se présente toujours lorsqu’on s’élève dans l’échelle et que l’on quitte la plante cryptogamique pour s’adresser aux types supérieurs, chez lesquels cette distinction s’est définitivement réalisée, autrement aux phanérogames. Comme cette séparation des fonctions et des organes d’où dépendent les fonctions ne se réalise qu’à l’aide d’une complexité croissante et que la trame organique ne se complique qu’en se différenciant de plus en plus, c’est à la variabilité que cette trame doit les changemens dont elle obtient la fixation par l’hérédité. On voit donc que les deux forces antagonistes concourent à un seul et même but et, dans chacun des végétaux soumis à une série plus ou moins longue d’élaborations préalables, on observe toujours des parties fixes dont