Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/359

Cette page n’a pas encore été corrigée


Dieu seul en sait parfois inspirer aux nations qui ne veulent pas mourir et qui croient en lui.

C’est pourquoi cette question des universités laisse tant de bons esprits, non pas à coup sûr indifférens, mais perplexes. Allons-nous du jour au lendemain, sans succès et sans profit certain, bouleverser toute notre organisation scolaire, supprimer ou mutiler nos grandes écoles, remplacer un système éprouvé, malgré ses défauts, par un régime nouveau fondé sur de simples espérances ? Déjà quelques pas ont été faits dans cette voie. Les programmes de la licence ont été remaniés, de façon à devenir plus accessibles aux boursiers de facultés. On travaille, dans le même sens, à la réforme de ceux d’agrégation. On a créé à la Sorbonne des chaires qui seraient beaucoup mieux placées au Collège de France. L’École des hautes études est menacée dans son autonomie, sinon dans son existence, et tend à se fondre de plus en plus dans la faculté, qui lui prend petit à petit ses meilleurs maîtres. L’École polytechnique se voit attaquée dans son monopole. Enfin, il n’est pas jusqu’à l’École normale, l’alma mater, qui ne soit visée… « Peut-être, écrivait récemment M. Vidal-Lablache [1], le moment viendra-t-il où, se déchargeant sur les facultés du soin de la préparation à la licence ès-lettres, l’École normale pourra consacrer tous ses efforts à conduire vers un degré supérieur les candidats déjà initiés qu’elle recevrait de leurs mains. »

Le mouvement, on le voit, se dessine très nettement, et pour peu qu’on les rapproche, il apparaît clairement que tous ces faits et projets en apparence indépendans l’un de l’autre procèdent d’une origine commune et ne sont en réalité que les manifestations d’un système général. Jusqu’où ce système, qu’on pourrait qualifier d’enveloppement, sera-t-il poussé et quels en seraient les résultats ? Sans doute une absorption complète n’est pas à craindre, et l’École des hautes études, elle-même, bien qu’elle ne soit pas chez elle à la Sorbonne, ne capitulerait pas sans combat, si par hasard on l’attaquait de vive force. Mais il y a bien des moyens de prendre et d’empiéter. Voici, par exemple, l’École normale : ce qui faisait autrefois l’excellence de ce grand établissement, c’était le caractère général de son enseignement, les fortes études de première et de seconde année, qu’on y traversait avant de s’enfermer dans les diverses sections de philosophie, d’histoire et de littérature. A ce régime, les élèves-maîtres ne devenaient peut-être pas des puits de

  1. Voir, dans la Revue internationale de l’enseignement du 15 décembre 1884, cette intéressante étude. On retrouverait la même idée dans les notes de M. Dumont.