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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/351

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de quelques nouvelles chaires au Collège de France. Tout autres sont les visées et l’appétit de ceux qui mènent le mouvement aujourd’hui. Non contens d’avoir obtenu gain de cause sur les points essentiels et vraiment utiles, ils voudraient pousser jusqu’au bout leurs avantages et déloger de ses dernières positions ce qu’ils appellent dédaigneusement la rhétorique.

Qu’entendent-ils au juste par ce mot ? Ils seraient, j’imagine, assez en peine de le dire, et l’on n’en voit plus bien le sens aujourd’hui. Je visitais récemment quelques-uns de nos cours les plus suivis et partant les plus suspects : ce qui m’a le plus frappé dans ces leçons, c’est l’heureux mélange d’élégance et de gravité, de science et d’art qui s’y rencontre. Assurément elles ne ressemblent pas à celles des universités allemandes : les textes et la bibliographie n’en font pas tous les frais ; elles sont composées dans les règles : elles ont un commencement, un milieu et une fin. Les transitions y sont ménagées et la forme n’en est pas complètement improvisée ; sans trop de recherche, elle reste toujours correcte et distinguée. Parfois le ton s’élève et la parole s’échauffe. Au lieu d’un être froid et sans vie qui croit avoir rempli son office lorsqu’il a vidé sur son public un plein tiroir de notes, vous êtes en face d’un homme que son sujet possède et soulève. L’inspiration est venue ; le souffle a passé ; alors les mots se précipitent, la phrase jaillit et l’argument sort pressé, nerveux, allant droit au but, c’est-à-dire à l’objection, l’étreignant avec force et ne la quittant qu’après l’avoir terrassée. Si c’est de la rhétorique, ah ! certes, il s’en fait encore à la Sorbonne et dans quelques-unes de nos facultés, — trop peu malheureusement, la maladie n’est pas contagieuse ; — mais pourquoi ne pas appeler les choses par leur nom ? Pourquoi chercher une formule évasive et dire : la rhétorique où il serait si simple de dire : le talent ?

Le talent, en effet, tel est ici le véritable accusé. C’est lui que visent, — il faut bien qu’on le sache, — et c’est lui qu’atteindraient, s’ils réussissaient, les adversaires des cours publics. A vrai dire, ils n’en conviennent pas et s’en défendent même avec beaucoup de vivacité. Mais qu’une occasion se présente, qu’un différend s’élève, et voyez comme aussitôt ils en triomphent et comme ils sont habiles à les exploiter. Tout dernièrement encore, à propos d’un incident qui, pour scandaleux qu’il fût, n’avait aucune portée, quel bruit n’ont-ils pas mené ? On connaît les faits : un beau matin, devançant le carnaval, une bande d’étudians en gaîté, mêlés à quelques journalistes de brasserie, s’avise de se porter au cours de philosophie et de l’interrompre par des cris d’animaux. Quels étaient la cause et le but de cette manifestation ?