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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/344

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ou d’agrandissement : dans les départemens, les facultés de Montpellier, de Toulouse, de Lille, de Marseille, de Caen, de Clermont et de Dijon ; à Paris, la Sorbonne, dont la première pierre avait été solennellement posée en 1852.

Tels ont été de 1868 à 1883 les résultats matériels obtenus par les efforts réunis de l’administration et des conseils municipaux ; — j’omets à dessein les conseils généraux, qui n’ont peut-être pas apporté tout le zèle et toute l’intelligence désirables à l’œuvre commune. Ces résultats, — on ne saurait le nier, — sont des plus satisfaisais. En quelques années, la France a fait plus de sacrifices pour le développement de son enseignement supérieur qu’elle n’en avait fait pendant un demi-siècle.

Et ce n’est pas fini. A moins de rester court et de tomber en faillite, il faudra bien que l’état trouve encore une trentaine de millions pour achever les travaux commencés ou promis. C’est du moins la somme à laquelle l’administration, d’accord avec la commission du budget, paraît s’être arrêtée. Qu’on ne se récrie pas trop ! Le chiffre est gros sans doute, il est même énorme eu égard à notre situation financière. Mais qu’est-il en regard des sommes folles que l’on a dépensées et qu’on se propose de dépenser encore pour les écoles primaires ? Une goutte d’eau dans cette marée montante de crédits fantastiques et toujours grossissans. Rien n’empêcherait, du reste, de prélever ces 30 millions sur les 6 à 700 que doit encore nous coûter la belle loi de M. Ferry sur l’instruction obligatoire, et les intérêts électoraux d’une majorité sans pudeur [1]. Peut-être aussi, qui sait, pourrait-on en rabattre quelque peu. Sur les 80 millions déjà dépensés, il ne manque pas de gens et des plus compétens qui estiment qu’on aurait pu facilement en épargner la moitié sans que la science y perdit. Nos savans, — et je pourrais citer ici des témoignages considérables, — se soucient fort peu qu’on leur élève à grands frais de somptueux édifices en pierres de taille massives, étalant orgueilleusement le long de nos boulevards leurs façades monumentales. Ce qui leur manquait, c’était l’espace, l’air, lu lumière ; c’étaient des cabinets d’étude un peu plus confortables que la pièce humide et froide où l’illustre Claude Bernard faisait jadis ses expériences au Collège de France ; c’étaient des constructions légères dont ils pussent varier l’aménagement suivant leurs besoins particuliers ; de vastes laboratoires sans luxe décoratif et sans prétention architecturales. Ils ne demandaient pas les

  1. M. Berthelot avait fait cette proposition dans la Revue internationale de l’enseignement et M. Fallières en avait saisi la commission du budget, qui l’avait d’abord repoussée ; depuis elle a prévalu.