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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/298

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cercles catholiques d’ouvriers. L’origine de cette œuvre est antérieure à la guerre de 1870, et certes les hommes de bien qui l’ont silencieusement fondée étaient loin de prévoir ses brillantes et bruyantes destinées. L’œuvre n’a pris, en effet, tout son développement que dans ces dernières années. Les colères qu’elle a soulevées, les injures dont ses adversaires l’ont honorée ont plus servi peut-être à la faire connaître du public que l’influence effectivement exercée par elle sur la classe ouvrière, à laquelle elle s’adressait. Mais ce qui a contribué surtout à établir sa renommée, c’est qu’elle a eu la bonne fortune incomparable de rencontrer à la fois pour chef et pour orateur l’homme de notre temps qui est le plus naturellement doué peut-être pour la parole publique, dont l’éloquence à la fois passionnée et souple, ardente et habile, joint les séductions de la bonne grâce personnelle à l’autorité de la conviction, et dont la franchise, hardie sans cesser jamais d’être courtoise, finit par imposer non-seulement le respect, mais la sympathie. Sans la propagande oratoire que M. le comte Albert de Mun a entreprise en faveur de l’Œuvre des cercles et sans le retentissement qu’ont eu ses discours, il est à peu près certain que cette œuvre compterait encore aujourd’hui au nombre de ces modestes institutions qui font moins de bruit que de besogne et qui couvrent silencieusement la France de leurs créations bienfaisantes. C’est l’énergique impulsion de son secrétaire général qui a déterminé l’Œuvre des cercles à prendre position dans les questions sociales, et à faire sien un programme économique, développé à plusieurs reprises par M. de Mun devant le corps législatif avec beaucoup de dextérité et d’éclat. Ce sera donc aux discours de M. de Mun, comme aux ouvrages de M. Périn, que nous demanderons l’expression véritable des doctrines de l’école historique, et certes l’école ne saurait se plaindre du choix de tels interprètes. Ce n’est pas qu’en y regardant d’un peu près, on ne puisse saisir entre les docteurs et les militans certaines divergences. Mais il sera temps de marquer ces divergences tout à l’heure. Commençons par établir ce qui les réunit.

Le point de départ de l’école historique est une sorte de postulat qu’on peut résumer ainsi : La pauvreté, c’est-à-dire le fait individuel et accidentel, est de tous les temps ; le paupérisme, c’est-à-dire la pauvreté devenue l’état habituel de toute une classe, est un mal moderne, et ce mal, ainsi que les haines sociales qui en sont la conséquence, date de la révolution française. Avant la révolution française, la prospérité et la paix régnaient dans le monde du travail ; les classes inférieures acceptaient le patronage des classes supérieures ; de leur côté, les classes supérieures avaient le sentiment de leurs devoirs de protection vis-à-vis des classes inférieures, et