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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/297

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pour éviter jusqu’à l’ombre d’un préjugé défavorable, j’appellerai l’école historique.


I

Lorsqu’on se trouve dans la nécessité de discuter les doctrines d’hommes dont on respecte les principes et pour la personne desquels on éprouve toute sorte de sympathie, c’est à la fois un devoir et une difficulté que d’exposer exactement ces doctrines et de ne point faire tenir à ces hommes un langage qu’ils seraient en droit de désavouer. C’est un devoir parce qu’il n’y a point sans cela de discussion loyale, et c’est une difficulté non-seulement parce que savoir ce qu’on pense et le dire exactement n’est pas le fait de tout le monde, mais parce que toute doctrine collective varie nécessairement quelque peu avec la forme d’esprit et le tempérament de celui qui s’en fait l’interprète, parfois même avec le public aux oreilles duquel on a voulu la faire accepter. Je me trouve en présence d’une difficulté de cette nature lorsque je veux exposer le système de l’école que j’ai appelée l’école historique. Cette école renferme, en effet, deux groupes distincts : le groupe dos docteurs et celui des militans. Le groupe des docteurs se compose d’un certain nombre d’écrivains qui se donnent à eux-mêmes le titre d’économistes chrétiens pour ne pas être confondus avec ceux qu’ils nomment les économistes libéraux. Le plus éminent d’entre eux est M. Charles Périn, professeur à l’université de Louvain et correspondant de l’Institut de France. On peut sur beaucoup de points ne pas partager les opinions de M. Périn, mais on ne saurait contester l’originalité de son esprit, son érudition sérieuse et sa connaissance approfondie des problèmes économiques. A côté de lui, et plus connu peut-être en France, on compte M. Claudio Jannet, professeur à l’Institut catholique de Paris, à qui on doit, entre autres ouvrages, un brillant pamphlet en deux volumes sur l’Amérique. A ces deux noms il faut joindre encore celui de M. Hervé-Bazin, professeur d’économie politique à l’Institut catholique d’Angers. On en pourrait citer plusieurs autres ; mais c’est à M. Périn que nous demanderons de préférence les doctrines de l’école qui tient haut et ferme, à l’encontre de l’économie politique libérale, le drapeau de l’économie qu’elle appelle chrétienne [1].

Le groupe des militans se compose des adhérens à l’Œuvre des

  1. Peut-être s’étonnera-t-on que je ne fasse pas ici sa place à l’école de la réforme sociale. Les doctrines de cette école et la personne de son illustre fondateur, M. Le Play, mériteraient une étude à part.