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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/232

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d’organiser à leur profit comme ils ont arrangé l’électorat sénatorial, avec le droit sur les blés qu’ils offrent comme un appât aux populations agricoles, avec un licenciement anticipé de soldats dont ils espèrent tirer quelque avantage de popularité dans les campagnes. Au fond, ils n’ont plus visiblement d’autre préoccupation que de se préparer au grand scrutin de cette année, de prolonger leur règne par les élections prochaines. Ils n’en sont plus à se persuader que tout est permis pour assurer une victoire de parti : c’est entendu, et la république telle qu’ils la font est l’héritière empressée de tous les abus de pouvoir, de toutes les tactiques, des captations dont on a si souvent accusé les autres régimes de se servir pour vivre ou pour se délivrer de leurs adversaires. La république d’aujourd’hui, il faut en convenir, a même perfectionné les vieux procédés, et, à défaut d’autre progrès, en voilà un que les républicains du jour peuvent se flatter d’avoir réalisé. On pourra les égaler en les imitant si on le veut, on ne pourra pas les surpasser, surtout dans l’art de se servir du budget pour les propagandes électorales, d’abuser des influences et des majorités !

Assurément il est impossible de montrer cet esprit de parti et d’exclusion plus ingénument que ne l’a fait le sénat dans la vérification des pouvoirs des sénateurs récemment élus. Il commence bien, ce nouveau sénat, et il promet de remplir son rôle d’assemblée modératrice et impartiale ! Il y a quelques années déjà, la chambre des députés se trouvait un jour exposée à une tentation à peu près semblable dans une solennelle vérification de pouvoirs et, dans sa fougue de représaille, elle procédait on ne peut plus sommairement ; elle décrétait sans plus de façon, sans plus de formalités, l’invalidation en masse des députés conservateurs et la validation sans examen des élus républicains. On avait beau dire aux Vainqueurs du jour qu’ils abusaient de leur majorité, qu’ils faisaient ce qui n’avait été jamais fait dans aucune assemblée, qu’ils créaient de plus, par une iniquité de jurisprudence parlementaire, une arme dont on pourrait se servir contre eux ; ils n’écoutaient rien, ils invalidaient sur l’étiquette : c’était simple et net ! Le sénat, nous l’avouons, n’est point allé aussi loin, il n’a pas moins donné à sa manière un double exemple assez triste, en débutant par deux actes de faiblesse ou de dangereuse partialité.

Qu’est-il arrivé, en effet ? Il s’est trouvé une élection, celle du Finistère, qui n’était l’objet d’aucune contestation sérieuse, sur laquelle ne pesait, de l’aveu de beaucoup de républicains, aucune présomption d’irrégularité. Tout ce qu’on a pu remarquer, après des recherches minutieuses, c’est que quelques prêtres, cinq ou six, usant d’un droit qui n’est pas mis en doute, ont été élus délégués sénatoriaux. Chose étonnante ! Dans ce pays de mœurs et de traditions religieuses, quelques délégués ont été logés dans des maisons ecclésiastiques ! Quoi encore ? M. l’évêque d’Angers, qui est député et qui est, à ce titre,