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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/202

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chimères et des fables où, depuis Papebrock, flottent avec beaucoup d’autres les martyrs de Brescia.

Les deux autres affaires sont plus récentes, et du même genre, avec cette différence que ce sont les bollandistes qui spontanément, bénévolement les ont provoquées. L’un des hagiographes de Bruxelles se trouvant à Rome en 1880, dans une audience qu’il eut de Léon XIII, entretint le saint-père de ses doutes au sujet de deux personnages inscrits au Martyrologe romain, Theodotus, évêque de Laodicée, et Stachys, dont le nom, absolument inconnu d’ailleurs, se trouve avec plusieurs autres, en forme de salutation à la fin de l’Epître aux Romains. Il expliqua que le premier, ami d’Eusèbe de Césarée, qui lui aussi figure au martyrologe au 21 juin, n’avait nul droit à cet honneur, et que la tradition très tardive qui avait fait de Stachys le premier évêque de Byzance, institué et ordonné par l’apôtre S. André, n’avait pas l’ombre de fondement historique. Le pape renvoya la décision des deux difficultés à la congrégation des rites. Le cardinal Bartolini, qui la préside, écrivait, en 1882, que l’examen de la cause de Theodotus touchait à sa fin, que celle de Stachys serait ensuite discutée de très près, et qu’il fallait louer les bollandistes d’avoir remis la solution de ces difficultés à la congrégation des rites, seul juge compétent et souverain en ces matières ; — éloge excessif, croyons-nous, car ce ne sont pas leurs argumens et leur solution historique que les théologiens de Bruxelles entendaient soumettre au tribunal romain. L’article excellent sur Stachys et ses compagnons [1], quelle que soit la sentence du tribunal romain, gardera sa valeur et sa force et restera irréfuté, encore qu’on lui dénié son effet logique. Rien donc ne serait plus faux que de prétendre que la critique des bollandistes est la servante de Rome, et que leur conscience d’historiens reçoit de là ses consignes. Au reste, la congrégation des rites ne se hâte point de prononcer. On dirait que le tribunal du saint-siège sent sa fausse position entre la tradition dont il a la garde et l’histoire, qui juge aussi ceux qui prétendent, en dehors de ses clairs témoignages, juger et classer les personnages du passé.


V

Ç’a été un grief souvent allégué contre les Actes des saints que la durée interminable de cette publication et l’accroissement progressif et continu des volumes. Lorsque Rosweyde avait songé à

  1. Act. SS., t. XIII d’octobre ; p. 687 et suiv.