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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/197

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de thèses plus fabuleuses qu’historiques, comme celle des voyages de Marie-Madeleine en Espagne, des missions organisées par saint Pierre pour constituer les églises de la Gaule, comme l’histoire de la correspondance de Jésus avec Abgare, roi d’Edesse ; de là enfin, à propos des Actes des martyrs, une facilité excessive dans la déclaration d’authenticité et de sincérité des textes, et tant d’autres déviations de ce centre de gravité historique, où l’on prétend jeter l’ancre à égale distance du scepticisme érudit et de l’aveugle crédulité.


IV

La critique des bollandistes pèche selon nous par un excès de facilité dans l’admission finale de traditions souvent incertaines. Cela ne veut pas dire qu’elle soit mal informée, — car les savans religieux de Bruxelles fournissent ordinairement eux-mêmes, dans leurs commentaires, les raisons à l’aide desquelles on peut les combattre et les contredire, — ni désarmée en face de ce qui est absolument inadmissible. S’ils s’inclinent parfois devant des saints et des martyrs, dont leurs études seules apprennent à douter ; si, dans l’appréciation qu’ils présentent des Actes, ils se montrent trop peu sévères çà et là ; cependant ils ne craignent pas, après démonstration, de démentir le martyrologe romain et certaines vieilles traditions locales mal fondées, et de proposer dans le catalogue des saints de justes éliminations. En cela ils croient, non sans raison, remplir leur double devoir de savans et de prêtres, et servir à la fois ces deux causes qui leur tiennent au cœur et qu’ils ne séparent pas : la cause de la vérité et celle de l’église.

Mais il arrive que les doutes les plus discrets, les négations les plus respectueuses et les mieux fondées se heurtent aux crédulités robustes des défenseurs quand même de traditions absurdes, et que les travaux les plus consciencieux et les plus sincères exposent leurs auteurs, en dépit de leur caractère et de leur évidente modération, à des attaques passionnées et au risque de censures officielles. Il y a, il y eut toujours dans l’église un parti qui se défie des prêtres qui pensent, travaillent et raisonnent, comme si la raison humaine n’était rien qu’une orgueilleuse qu’il faut mater, et une coureuse d’aventures à laquelle tout libre essor est interdit, comme si la raison de l’église et la raison naturelle étaient nécessairement opposées, et qu’en suivant l’une on fût obligé de renoncer à l’autre !

A la fin du XVIIe siècle, il s’est trouvé un groupe de théologiens et