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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/171

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torpilleurs et nos canonnières le jour où ceux-ci existeraient, ils ont une vitesse trop faible et suffisent à peine à assurer le ravitaillement d’une escadre ou d’une colonie ! On s’en aperçoit au Tonkin, pour le service duquel nous sommes obligés de louer, à des prix énormes, des bateaux de commerce. La création des croiseurs et des canonnières demande du temps. Celle des torpilleurs irait très vite. Tout le monde conviendra qu’en s’adressant à l’industrie française et étrangère, il serait possible d’avoir en un an une centaine de ces navires. Cela coûterait 25 millions, le prix réel, très différent du prix officiel, d’un cuirassé du dernier modèle, et ce serait une dépense bien autrement utile que l’achèvement des six cuirassés auxquels on continue à travailler et qui ne seront terminés que dans cinq ou six ans au plus tôt, époque où les grandes escadres risquent fort d’être absolument condamnées.

Supposons qu’on prenne cette sage résolution, qu’on construise au plus vite des torpilleurs. Comment les employer ? comment leur fournir des bateaux nourriciers ? comment les joindre à notre escadre, qui, dans l’état actuel des choses, ne saurait subvenir à leurs besoins ? Parmi les gros cuirassés qui composent cette dernière ou qui peuvent la composer, nous avons sept navires à réduit central d’un déplacement variant entre 7,000 tonneaux et 8,000 tonneaux. Ce sont les types Richelieu, Suffren et Colbert. Dans le réduit central de ces cuirassés se trouvent des canons de 27cm ; les autres pièces de gros calibre et l’artillerie légère sont établies sur le pont. Or, personne n’ignore que les pièces du réduit central ont un champ de tir très restreint, qu’après chaque coup de l’une d’elles, la fumée envahit ce réduit au point d’empêcher pendant un certain temps le tir des pièces voisines, et que, par suite, on peut affirmer, sans blasphémer et sans soulever la colère des canonniers, que, si on supprimait ces pièces de réduit, la puissance offensive du cuirassé, au point de vue de l’artillerie, ne serait pas diminuée de moitié. Ceci posé, supposons qu’on se résigne à ce sacrifice. Chaque canon de 27cni, avec son approvisionnement réglementaire et ses rechanges, pesant 70 tonneaux, nous arriverions, pour les cuirassés, aux allégemens de poids suivans : le Colbert, ayant six canons de réduit, perdrait 420 tonneaux ; il en serait de même du Trident, du Richelieu et du Friedland, qui ont le même nombre de canons de réduit ; enfin le Suffren, le Marengo et l’Océan, qui ont quatre canons de réduit, perdraient 280 tonneaux. La suppression des pièces entraine celle d’une partie de l’équipage. On peut aussi réduire proportionnellement la mâture, les vivres, les approvisionnemens, les rechanges, etc. Le mieux serait d’enlever, en outre, la cuirasse du réduit, qui n’aurait plus de raison d’être ; mais, vu la sage lenteur