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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/157

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blocus, la guerre de diversions sur le continent, ne seront plus à l’avenir que des souvenirs. Deux guerres seulement subsistent : la guerre de course en pleine mer et la guerre de côtes contre les villes non défendues, qui n’est que la conséquence, le développement naturel de la première ; et nous pouvons enfin, après avoir montré la vanité de toutes les autres, exposer comment celles-là doivent être faites, avec quels instrumens elles doivent être conduites pour produire tous leurs effets.


III

Il résulte de ce qui précède qu’en marine, aussi bien qu’en économie politique, la grande loi de l’avenir sera la division du travail. A l’uniformité de l’unité de combat qui correspondait à l’uniformité du combat lui-même vont succéder des engins divers n’ayant chacun qu’un seul rôle à remplir. Chaque arme doit posséder son bateau ; car on ne fait jamais bien deux choses à la fois, et si l’on voulait qu’un navire unique continuât à être une sorte d’arsenal complet, on s’exposerait à ce qu’il ne fût réellement propre à aucune des opérations qu’on aurait à exécuter avec lui. On ne confie pas sur terre aux mêmes troupes le soin d’exécuter des charges de cavalerie et de combattre à pied avec le fusil ou le canon. Les peuples barbares seuls en sont restés à des procédés de lutte aussi primitifs. Le progrès sur mer a été plus lent : depuis l’invention de la cuirasse, il semblait même ajourné pour longtemps. Mais la torpille automobile et le torpilleur autonome sont venus qui ont enfin accompli ou qui accompliront bientôt une révolution maritime semblable à celle d’où les armées de terre sont sorties transformées. Et, comme dans les armées de terre, le perfectionnement des armes, l’emploi d’instrumens d’une précision et d’une puissance singulière, amèneront en marine le triomphe de l’ordre, dispersé pour les engagemens entre forces navales, on ne se contentera pas de spécialiser les engins, on les multipliera afin de pouvoir produire le plus d’effet possible contre l’ennemi en lui offrant soi-même la cible la moins profonde, et, partant, la moins facile à atteindre. On ne cherchera plus la protection dans la masse, dans l’invulnérabilité, mais dans la célérité et, s’il nous était permis de parler ainsi, dans l’insaisissabilité. Le blindage disparaîtra pour être remplacé par le nombre et par les petites dimensions.

Il existe aujourd’hui trois moyens de destruction, trois armes pour les navires : la torpille, le canon, l’éperon. Il serait donc logique de créer des torpilleurs, des canonnières et des béliers. Néanmoins, ces derniers doivent être supprimés ; car, pour, agir