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Page:Revue des Deux Mondes - 1885 - tome 68.djvu/152

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il n’a plus été possible de contester qu’on arriverait à constituer en peu de temps et à des prix relativement modérés des flottilles capables d’entourer et de détruire les grandes escadres. Le problème des navires-canons, qu’on déclare insoluble, ne l’est pas plus que celui des torpilleurs ; il peut, il doit recevoir la même solution. Quant aux béliers, dont, nous n’avons pas parlé parce que, à notre avis, le choc de deux navires les détruirait tous deux, et que d’ailleurs, pour qu’un bélier fût efficace contre un gros-cuirassé, il faudrait qu’il fût presque aussi gros que lui, on peut, on doit le remplacer par la torpille portée, dont l’effet n’est pas moins terrible que celui de l’éperon. Dès lors, que reste-t-il de l’ancienne tactique, de la tactique d’escadre ? Par quelle combinaison, par l’adoption de quelle ligne, de quel ordre de bataille, par quelle méthode stratégique, une dizaine de cuirassés, si admirables qu’ils soient, résisteraient-ils en pleine mer, la nuit surtout, à l’assaut imprévu et impétueux d’une centaine de bâtimens légers, facilement maniables, évoluant avec une vitesse vertigineuse, qui fondraient sur eux de tous les points de l’horizon, et les enserreraient d’un double ou triple réseau meurtrier ?

Le torpilleur, bientôt, suivi de la canonnière, fera donc disparaître à tout jamais ce qui restait de l’ancienne tactique, comme ces vapeurs légères qu’un seul coup de vent violent dissipe à l’horizon. Les défenseurs les plus déterminés des cuirassés le sentent si bien, ils en sont si inconsciemment convaincus, qu’ils affirment déjà qu’aucune escadre ne s’aventurera désormais en pleine mer sans être protégée par des lignes de torpilleurs, d’avisos et de canonnières défensifs, destinés à supporter les coups auxquels elle ne saurait résister elle-même. A la vieille guerre d’escadre succéderaient donc des mêlées de flottilles, des combats de microbes, et, s’il est permis de s’exprimer ainsi, des charges de cavalerie maritime où les infiniment petits décideraient du sort des infiniment grands. S’il en est ainsi, à quoi bon ces derniers ? Quel sera leur rôle, leur utilité ? Nous voulons admettre, quoique rien ne soit moins probable, quoique toutes les expériences soient contraires à cette hypothèse, qu’ils soient préservés par leur avant-garde de petits bateaux. C’est une supposition bien gratuite, assurément ; car il est très clair, que des torpilleurs et des canonnières défensifs ayant à lutter contre des adversaires aussi minuscules et aussi rapides qu’eux, qu’une seule vague peut leur faire perdre, de vue en plein jour et que rien la nuit ne désigne à leurs coups, ont beaucoup moins de chances de succès que les torpilleurs et les canonnières offensifs, qui, sans se tourmenter de combattre leurs égaux, se lanceront directement sur la masse, énorme et toujours visible des