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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/855

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les monumens remontent à une époque où le monde occidental n’existait pas ; civilisation contemporaine des dynasties célèbres de l’Égypte et des patriarchies de Chaldée, s’étant fondée elle-même dès les premiers âges de l’humanité et n’ayant plus varié depuis plus de mille ans. Tel est le fait historique.

Nos relations avec les peuples avoisinant nos frontières n’ont pas laissé de traces dans leur histoire. Pour la première fois, Arrien parle des Chinois comme du peuple ayant exporté les soies, écrues et manufacturées qu’on apportait par la voie de Bactres, vers l’ouest. C’est le seul renseignement un peu ancien, mais moderne pour nous, qui révèle notre existence au peuple romain, le maître du monde !

Il paraît démontré que les Romains n’ont eu aucuns rapports avec les peuples de notre empire. Notre histoire mentionne seulement une ambassade chinoise qui fut envoyée sous la dynastie des Han, l’an 94 de l’ère chrétienne, afin de chercher à nouer quelques relations avec le monde occidental. Cette ambassade atteignit l’Arabie et en rapporta un usage qui fut sans doute très apprécié, puisqu’il fut immédiatement adopté : c’est celui des eunuques. C’est là, je crois, la seule allusion que fasse notre histoire aux relations de la Chine avec les peuples étrangers.

Cependant, si les habitans du Céleste-Empire n’ont pas franchi les limites de leur territoire pour entreprendre des voyages dans les lointains pays de l’Ouest, ou si, tout au moins, le souvenir n’en a pas été conservé par l’histoire, il est un fait incontestable, c’est que des peuples étrangers sont venus s’installer chez nous, et que même actuellement, il existe des descendans de ces anciennes tribus errantes. Parmi eux se trouvent les Juifs qui émigrèrent dans nos foyers deux cents ans avant l’ère chrétienne, sous la dynastie des Han, c’est-à-dire à une des époques les plus florissantes de l’empire. C’est un jésuite qui a fait au xviii® siècle dernier la découverte de cette colonie juive, et la relation qu’il a écrite à ce sujet mérite d’être rapportée.

« Pour ce qui concerne ceux qu’on nomme ici Tiao-Kin-Kiao (la secte qui arrache les nerfs), il y a deux ans, je voulais la visiter dans l’idée qu’ils étaient Juifs et dans l’espérance de trouver parmi eux l’Ancien Testament. Je leur fis des protestations d’amitié auxquelles ils répondirent immédiatement ; ils eurent même la courtoisie de me venir voir. Je leur rendis leur visite dans le Li-paï-ssé qui est leur synagogue et où ils étaient rassemblés : ce fut là que j’eus de longs entretiens avec eux. J’examinai leurs inscriptions, dont quelques-unes sont en chinois et d’autres dans leur propre langue. Ils me montrèrent leurs livres religieux et me permirent