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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/840

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constances qui pouvaient mettre en présence l’homme et la femme, ont agi dans l’intérêt de la famille.

Il existe un proverbe chinois qui dit : « Sur dix femmes, neuf femmes jalouses. » De leur côté, les hommes ne sont pas parfaits ; la paix de la famille est donc exposée à de grands dangers.

J’ai déjà dit que les institutions de la Chine n’ont qu’un but : l’organisation de la paix sociale, et, pour en assurer la réalisation, le seul principe qui ait paru souverain a été… la fuite des occasions. Cela est très pratique. Ce n’est peut-être pas d’une bravoure chevaleresque ; mais, parmi les braves, combien succombent à la tentation ?

Ce sujet est délicat à traiter par la nature même des passions qu’il met en scène ; cependant il mérite qu’on s’y arrête.

Le remède aux situations in extremis du mariage est l’exécution sommaire, sans autre forme de procès. C’est le célèbre : « Tue-la ! » si spirituellement commenté par Alexandre Dumas fils. Ce n’est pas moi qui contesterai ce droit du mari dans un moment où sa dignité et son autorité sont gravement compromises. Mais enfin je suis de l’avis de nos sages : il vaut mieux ne pas en arriver à ces sortes d’explications qui gâtent l’existence, quelque juste qu’ait été la punition, car, dans la plupart des cas, on aimait la femme qui vous trompait, et il s’ensuit des souvenirs pénibles.

Le remède qui consiste à prendre un avocat et un avoué et à plaider en public une cause qui devrait être cachée comme un secret, me paraît n’ofirir que de médiocres consolations. C’est donner un diplôme à sa qualité de mari trompé, et nulle part cette situation ex-matrimoniale n’a inspiré la compassion, encore moins le respect.

Il n’y a donc que des ennuis et des bouleversemens dans l’institution de la société occidentale telle qu’elle existe. Mon expérience personnelle à ce sujet et ce que j’en ai lu m’ont complètement instruit. Je ne partage cependant pas l’opinion d’un grand nombre d’Occidentaux, qui prétendent que la plupart des femmes trompent leur mari. Cela doit être exagéré, quoique j’aie entendu une femme me dire que c’était le luxe du mariage et que les hommes s’habituaient à leur nouvelle existence avec résignation. Je ne m’étonne plus que le mariage soit si abandonné ; ce ne sera plus bientôt qu’une simple formalité légale approuvée par les notaires. Ce ne sera sans doute pas un progrès, mais je concède que ce sera très amusant.

Quoi qu’il en soit, le sacrifice que nous nous sommes imposé est digne d’avoir été fait. Il est du reste conforme à l’opinion que nous avons de la nature de l’homme. Nous pensons que l’homme est originairement enclin à la vertu et qu’il ne se pervertit que par la