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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/833

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l’intérêt de ses sous : toute bonne action ne doit-elle pas rapporter ? Quoi qu’il en soit, j’ai retenu le propos ; on n’a pas toujours d’aussi bonnes fortunes.

Il est de fait que l’amour des parens pour les enfans est le même dans tout l’univers. Cet amour est inné, et les Chinois ne font pas exception à cette règle. Qu’il existe des créatures dénaturées qui abandonnent, dans un moment d’oubli d’elles-mêmes ou pour détruire la preuve d’une faute, le pauvre petit être qui vient de naître, c’est un crime que tous les codes punissent et qui est aussi fréquent en Europe qu’en Chine. La misère, le vice, et la crainte conduisent aux mêmes conséquences.

On s’explique, dit-on, l’abandon des enfans en Chine, parce qu’ils sont extrêmement nombreux et que la misère est très grande. Cet argument est essentiellement faux : la misère n’est pas aussi grande qu’on veut bien le dire, et il existe bien des moyens de protéger l’enfance contre la misère.

En premier lieu, les lois punissent les infanticides comme un assassinat commis sur les proches parens ; de plus, l’état subventionne les établissemens d’assistance publique pour secourir les enfans abandonnés. Il y a, en outre, des institutions de bienfaisance fondées par des particuliers et dans lesquelles l’enfance abandonnée trouve un asile et une protection. Non-seulement ces établissemens ont reçu une attribution spéciale définie par leurs règlemens, mais ces mêmes règlemens déterminent des récompenses pour les sages-femmes qui auraient apporté un enfant trouvé ou déclaré un crime d’infanticide. Les textes de nos lois sont extrêmement sévères, et, lorsqu’un crime semblable a été commis, non-seulement les auteurs du crime sont punis, mais encore le chef de la famille et les voisins, l’un comme responsable, les autres comme complices.

Ainsi que je l’ai établi dans les chapitres qui précèdent, l’accroissement de la famille n’est pas considéré comme un malheur. Les enfans du sexe masculin en sont l’honneur en ce qu’ils sont les continuateurs de la famille.

Il est rare qu’on entende parler d’infanticides dans les villes, où les ressources de l’existence sont plus abondantes que dans les campagnes. Mais dans celles-ci certaines coutumes existent qui favorisent l’éducation des enfans, surtout des filles. Dans toutes les familles, dès qu’il naît un enfant mâle, la coutume est de lui choisir celle qui sera un jour sa femme. On prend alors, dans une famille voisine, une petite fille qui est élevée en même temps que son futur mari et dans la même maison. Elle est élevée comme si elle appartenait à la famille.

Il existe encore, pour les parens pauvres, un autre moyen d’échap-