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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/827

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de répandre l’instruction dans tout l’empire, et, dans un ouvrage écrit avant l’ère chrétienne, il est fait mention de « l’ancien système d’instruction » en vertu duquel toutes les villes et tous les villages devaient être pourvus d’une école commune. Selon l’esprit de nos institutions, le but poursuivi en rendant l’éducation générale est de répandre la science dans la masse du peuple, afin d’en extraire le véritable talent et de le faire servir au bien de l’état.

Nous ne dissimulons nullement cette tendance de nos méthodes, car nous ne comprenons que l’éducation qui se transforme en services réels au profit de tous.

Aussi nos systèmes d’instruction sont-ils très différens de ceux qui sont en usage en Occident, où le mot l’emporte sur la chose. L’instruction obligatoire ne vise qu’à l’effet : ce n’est pas un système d’éducation. On croit qu’en répandant une certaine dose d’instruction on aura tout fait pour le bonheur d’un peuple ; mais l’instruction sans système d’éducation est lettre morte. C’est un cours sans profondeur ; il ne produit pas le jugement, il ne développe pas la nature. Selon la méthode chinoise, l’obligation réside dans la méthode de s’instruire. L’état ne se préoccupe pas d’autre chose. Avant de faire des savans, ce qui arrivera toujours assez tôt, il songe à en faire de bons instrumens de travail : car il ne suffit pas d’être apte à apprendre, il faut savoir et pouvoir apprendre.

J’ai remarqué que l’état, en Europe, était plus particulièrement préoccupé de faire des programmes que d’enseigner des méthodes. J’avoue que ce procédé me paraît manquer de logique, et qu’il y a beaucoup de chances pour que l’enseignement ainsi donné ne porte pas beaucoup de fruits, quel qu’en siit d’ailleurs l’esprit.

On ne se préoccupe, en effet, que de l’esprit de l’enseignement, et on est satisfait, on croit avoir atteint le but, si les maîtres cessent ou de prendre leurs exemples dans la morale religieuse, ou de les choisir dans un manuel de philosophie positiviste. En somme, on s’occupe dans les systèmes d’instruction d’un certain nombre de détails qui concernent des opinions, et le système est parfait s’il renferme des mots sonores à la mode.

Ces différences d’appréciation sur un sujet aussi grave que celui de l’éducation précisent nettement la distance qui sépare la civilisation européenne de la nôtre. Nos institutions ont été visiblement établies pour résister et durer, quand on réfléchit avec quelle sagesse méditée elles ont été établies, puisqu’en les étudiant on perçoit ce qui rend les autres défectueuses.

En éducation, nos règlemens sont de deux sortes : les uns s’adressent aux enfans ; les autres aux étudians.

Les règlemens qui définissent l’instruction des enfans sont contenus dans un des seize discours de l’empereur Yong-Tching,