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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/795

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LA PROPRIÉTÉ. 789 pas épargné leurs objections aux projets d’assurance universelle et obligatoire avec concours de l’état. Ces objections sont tirées : 1° de l’accroissement d’impôis nécessaire pour constituer l’apport de l’état à la caisse d’assurances ; 2° du renchérissement de la vie causé par l’augmentation de prix où les industriels chercheraient un dédommagement à leur cotisation personnelle. — A la seconde objection on peut répondre : Les travailleurs gagneraient plus en tant qu’assurés qu’ils ne perdraient en tant que consommateurs. Les patrons, d’ailleurs, ont eux-mêmes intérêt à ce que les ouvriers soient dans une situation meilleure ; de plus, ils ont généralement assez d’intentions charitables pour ne pas refuser de contribuer à une organisation intelligente et en somme économique de la frater- nité. Quant à l’objection tirée des impôts, elle est plus grave. Elle perd cependant de sa valeur si on songe qu’ici encore l’ouvrier profite plus de l’impôt destiné aux assurances qu’il n’en est grevé. L’objection tombe même tout à fait si on admet la possibilité de ressources nouvelles pour l’état. En résumé, la conclusion qui nous semble ressortir de cette étude, c’est que l’individualisme absolu et le socialisme sont également faux; qu’il y a dans toute propriété, théoriquement considérée, une part individuelle et une part sociale; que, dans la pratique, l’exacte distribution de ces parts supposerait une mesure absolue de ce qui est dû à chacun selon ses œuvres; qu’une telle justice « dis- tributive » est une chimère, et qu’il faut s’en tenir à des conven- surance a ce caractère de ne pouvoir être eotreprise par un individu ; elle ne peut l’être que par des sociétés, et la seule raison de choisir est dans le bon marché ainsi que dans l’excellence de l’administration. Les partisans de l’état soutiennent que, plus la société d’assurances est vaste, nombreuse et centralisée, plus la prime se réduit. Ils ajoutent que les opérations de l’assurance ont leur analogue dans beaucoup d’opé- rations administratives, telles que les caisses de retraites pour les fonctionnaires, les veuves, les orphelins; la police des constructions ressemble à l’assurance immobi- lière, la perception des contributions directes ressemble à l’encaissement des primes; les affaires de banque confiées à l’état ressemblent à l’adminisiration et au placement des capitaux d’assurance. Les adversaires de l’état préfèrent lui confier simplement un droit de contrôle et réclament la réforme de nos législations dans le sens des lois adoptées par les Etats-Unis pour la o surintendance des assurances. » Enfin une opi- nion intermédiaire admet que l’état contribue pour sa part à payer la prime, comme en Allemagne, tout en laissant aux individus le choix entre les diverses sociétés reconnues par l’état. On verra dans le livre de M. Charles Grad et dans celui de M. Say Texposé et la critique de la loi allemande sur les sociétés de secours mutuels, qui oblige tout travailleur dont le salaire ne dépasse point 7 francs à faire partie d’une société d’assurance mutuelle contre la maladie. Les patrons sont tenus de faire inscrire leurs ouvriers et de prendre à leur charge le tiers de la cotisation. Quant à la loi sur l’assurance contre les accidcns, elle est encore pendante. En Italie, une loi sur le même objet a été votée et organise une Caisse nationale d’assurances contre les accidens du travail, mais sans obliger les ouvriers à s’assurer.