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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/625

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la terre ; sa femme aurait attiré sur lui la colère du Créateur, et leurs descendans se seraient trouvés dès lors exposés à toutes les vengeances du ciel. Les hommes seraient ces descendans. Voilà la théorie de l’Occident réduite à une simple expression ; elle proclame un Créateur, Dieu, et une créature, l’homme. Mais comment sont nés les arts et les coutumes ? Comment se sont formés tous les élémens de la vie sociale ? A quelle époque la société a-t-eîle été organisée ? Autant de questions sur lesquelles n’existent que des lueurs, et, quant aux principes, ils sont même contredits par certains savans, qui les traitent d’hypothèses ou d’imaginations. Que ces critiques soient fondées ou non, qu’elles soient faites au nom de la science ou au nom de la passion, je n’ai pas à le savoir ; mais la Bible a pour nous un grand mérite ; c’est que c’est un livre ancien et un livre de l’Orient. À ce double point de vue, il nous est cher, et l’on verra, par la suite, que notre histoire sacrée, sous quelques aspects, n’en est pas absolument différente.

L’histoire de la Chine comprend deux grandes périodes : celle qui s’étend depuis l’an 1980 avant l’ère chrétienne jusqu’à nos jours, dite période officielle, et l’autre remontant dans l’antiquité à dater de l’an 1980, dite période préhistorique.

Je vais essayer de donner un résumé de cette période préhistorique que nos livres développent avec un grand soin, car elle est la période d’enfantement de notre civilisation et l’introduction à la vie sociale.

L’histoire ne dit pas comment est venu l’homme, mais elle établit qu’il y a eu un premier homme. « Cet homme était placé entre le ciel et la terre et savait à quelle distance il était placé de l’un et de l’autre. Il connaissait le principe de causalité, l’existence des élémens, et comment les germes des êtres vivans étaient formés. »

L’imagination populaire se représente encore ce premier homme comme doué d’une grande puissance et portant dans chacune de ses mains le soleil et la lune.

Nos livres sacrés donnent, comme on le voit, à la lecture du texte qui définit la nature de l’homme, une idée élevée de son origine et proclament le principe de la personnalité. Cet être, placé entre le ciel et la terre, c’est-à-dire portant un esprit dans une envel0|)pe terrestre, sait qui il est, ni Dieu ni matière, mais doué d’une intelligence qu’inspirera le principe de causalité et entouré d’ élémens qui viendront en aide aux ressources de son invention.

Tel est l’homme, le premier. À quelle époque paraît-il ? Il y a des milliers d’années; le nombre en est incalculable. L’histoire de cet homme et de ses descendans forme la période préhistorique qui s’est accomplie dans les limites de notre empire.