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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/618

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Le caractère essentiel de la civilisation occidentale est d’être envahissant. Je n’ai pas besoin de le démontrer.

Autrefois, les hordes barbares envahissaient aussi, non pas pour apporter les bienfaits d’un esprit nouveau, mais pour piller et ruiner les états florissans. Les civilisés suivent la même voie, mais prétendent arriver à l’établissement du bonheur sur la terre. La violence est le point de départ du progrès. Je me flatte de penser que la méthode n’est pas parfaite et qu’elle trouvera, notamment en Chine, autant de détracteurs qu’il y a de bons esprits. En Chine, comme partout oii vivent des êtres humains, la lutte pour la vie tend au bonheur et le seul progrès appréciable est celui qui assure la paix et combat le paupérisme. La guerre et le paupérisme sont les deux fléaux de l’humanité, et le jour où la Chine sera convaincue que l’esprit nouveau dont s’enorgueillit le monde occidental, avec toutes ces inventions ingénieuses qui nous font battre des mains lorsque nous en constatons les prodiges, possède le secret qui fait les peuples paisibles et accroît leur bien-être, ah ! ce jour-là, la Chine entrera avec enthousiasme dans le concert universel. Ceux qui nous connaissent n’en ont jamais douté.

Mais cette conviction a-t-elle été faite ?

Sait-on quelles sont les importations du commerce dans ces ports qu’un traité fameux a rendus internationaux ? Les armes à feu ! Nous espérions des engins de paix, on nous vend des machines de guerre, et, en fait d’institutions modernes civilisatrices, nous inaugurons le militarisme !

Et l’on trouve que nous sommes défians !

Eh bien ! dussé-je indigner ceux qui ne pensent pas comme moi, nous haïssons de toutes nos forces tout ce qui, de près ou de loin, menace la paix et excite l’esprit de combat dans l’âme humaine, suffisamment imparfaite. Qu’avons - nous besoin de ces guerres, détestées des mères, et vers quel idéal peut nous conduire l’espoir d’armer un jour de fusils nos 400 millions de sujets ? Est-ce là une pensée de progrès? Détourner la richesse publique de la voie qui lui est naturellement enseignée par l’esprit de raison pour la faire contribuer ensuite à organiser toutes les angoisses qui naissent et de l’emploi et de l’abus de la force, c’est, il me semble, s’amoindrir et se corrompre. Nous ne verrons jamais dans le militarisme un élément de civilisation : loin de là! nous sommes convaincus que c’est le retour à la barbarie.

Mais les armes à feu ne sont pas les seules importations de première nécessité qui nous aient été offertes. À dire vrai, ce sont à peu près les seules dont l’utilité nous ait été démontrée : la démonstration a été parfaite. Mais il est d’autres essais qui n’ont