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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/615

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de lettrés qui y apportent autant de soin et de sage lenteur que les immortels de l’Académie française à composer le Dictionnaire ?

On comprend dès lors qu’il soit nécessaire de tenir tous ces documens secrets pour qu’ils soient une reproduction fidèle de la vérité ; et on admettra d’autant plus facilement qu’il en soit ainsi que les hommes d’état ’célèbres suivent, en Europe, exactement le même principe pour la publication des mémoires qu’ils ont écrits sur les événemens contemporains. Souvent ces mémoires ne voient le jour qu’un temps déterminé après leur mort et ils ne serviront de documens historiques que lorsque le temps sera venu d’écrire l’histoire, à la manière de Tacite, sans passion et sans haine.

Il ne faudrait pas croire cependant que ce mutisme de l’histoire soit absolu. En certaines circonstances, on voit d’audacieux censeurs qui ne se font pas faute d’accuser de très hauts fonctionnaires sur les irrégularités d’actes administratifs, ordonner une enquête, et, selon les cas, infliger des punitions aux coupables. Le souverain lui-même n’est pas exempté de la sévérité des reproches.

Ce conseil des censeurs est une institution vraiment unique en ce qu’il réalise l’idéal même que poursuit le journalisme en Europe. Il est composé des lettrés les plus en renom de toutes les provinces ; ils ont, par faveur de l’empereur, le privilège de pouvoir tout dire, même les on-dit, et ils ne sont jamais réprimandés sur la légèreté de leurs informations.

La Gazette officielle n’est généralement reçue que dans les cercles officiels. Le peuple ignore complètement ce qui se passe dans l’ordre des faits politiques. Ce n’est pas qu’il n’y ait eu des tentatives dans ce sens, mais elles n’ont pas réussi. Depuis que les ports, en effet, ont été ouverts au commerce international, les étrangers ont fondé des journaux chinois rédigés par des Chinois sur le modèle des journaux européens.

L’exemple est contagieux, le bon comme le mauvais, et il s’est rencontré des Chinois qui ont essayé de faire paraître des journaux dans les provinces. Ces entreprises se sont heurtées contre les délits de presse, ce poison du journalisme, dont les gouvernemens usent assez fréquemment lorsque la liberté d’écrire dépasse la mesure permise par les lois existantes.

Le journalisme local est donc mort de mort violente, et personne ne songe à le ressusciter. Les étrangers seuls continuent à exploiter les journaux : ils sont considérés comme neutres. Les plus répandus de ces journaux sont : le Journal de Shanghaï et celui de Hong-Kong.

Il y a d’autres journaux publiés en anglais, mais ceux-ci n’ont d’abonnés que parmi les étrangers résidans.

TOME LXIII. — 1884.