Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/614

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


révélerait le nom de l’auteur. Qui n’a pas connu ces émotions ne peut pas connaître le rôle du journal ; c’est une institution bien utile, bien précieuse pour ceux qui écrivent.

Telle est mon opinion ; elle aidera à faire comprendre les développemens qui vont suivre.

On chercherait vainement en Chine un journal ayant quelque analogie avec un journal européen (j’entends un journal publié sous le régime de la liberté absolue de la presse). C’est une liberté qui ne fleurit pas dans l’empire du Milieu ; et j’ajouterai, pour ne pas paraître le regretter, qu’il existe de grands empires, même en Occident, où cette liberté n’est pas entière. Mais, quoique nous n’ayons ni liberté de la presse, ni journalisme, nous avons cependant une opinion publique et on verra par la suite de ce récit qu’elle n’est pas un vain mot.

Le journal chinois a son histoire et ses antiquités, comme tout ce qui se rapporte à nos usages.

Au xiie siècle avant l’ère chrétienne, nous lisons dans nos livres que le peuple avait coutume de chanter des chansons adaptées aux mœurs de chaque province. L’empereur Hung-Hoang, de la dynastie des Tcheou, ordonna de compulser tous ces chants populaires afin qu’il connût les mœurs de son peuple. Ces chants ont été perdus dans le grand incendie des livres ; mais Confucius en recueillit trois cents dont il a composé le Livre des vers. Nous regardons cette publication comme l’urigine du journal en Chine.

Quoiqu’il n’y ait plus eu de longtemps de publication analogue, et que la coutume des chansons populaires ne se soit pas maintenue, il n’en reste pas moins ce fait que les souverains de la Chine ont toujours été informés de l’état de l’opinion publiqne relativement aux actes de leur gouvernement. Il existe depuis de longs siècles un conseil permanent composé de f’onctionnaires appelés censeurs et qui ont pour mission de présenter au souverain des rapports sur l’état de l’opinion dans les diverses provinces de l’Empire. Ces rapports constituaient un journal ayant l’empereur et les hauts dignitaires pour lecteurs. Plus tard, ces rapports ont reçu une plus grande publicité et aujourd’hui ils forment le journal qui s’appelle la Gazette de Péking et qui est, à vrai dire, le Journal officiel de l’empire.

La liberté de la presse n’existe pas en Chine, parce qu’elle serait contraire à l’idée que nous avons du caractère de la vérité de l’histoire.

Pour nous, il n’y a pas d’histoire contemporaine publiée. L’histoire ne publie que les annales des dynasties, et tant que la même dynastie occupe le trône, il n’est pas permis d’en publier l’histoire. Cette histoire est écrite, à mesure qu’elle se déroule, par un conseil