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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/609

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des combats, et vous supprimerez les guerres intestines que livrent aux portes des ministères les intrigues et les passe-droits. C’est là le secret de la stabilité de notre pacifique empire. Il suffirait d’en adopter le système, pour changer bien des changemens ; mais le jour où l’Europe cessera d’aimer ce qui change, elle sera parfaite, — et nous n’aurons plus rien à lui envier.

La Chine n’a pas d’enseignement officiel.

Notre gouvernement entend mieux la liberté que certains états de rOcci’Ient, où l’on impose l’obligation de l’instruction, sans lui donner de but précis. Le gouvernement n’a de contrôle qne sur les concours. Les candidats ne sont soumis qu’à une seule loi, la plus tyranniqiie de toutes : celle de savoir.

Il faut encore remarquer que nos grades ne représentent pas seulement un mérite acquis, mais la supériorité du mérite. Les grades sont, en effet, obtenus au concours ; car c’est la seule manière de donner du crédit à un grade.

Il n’y a pas de meilleure preuve à in-diquer que ce qui se passe à propos des nominations dans les armées européennes, par le système des écoles spéciales, où l’on ne peut entrer qu’à la suite d’un concours. Ces écoles deviennent alors de véritables institutions où se forme un esprit de corps, exclusif, fi’er de ses privilèges, et se constituant en une sorte d’aristocratie dont l’influence est très élevée. J’admire l’École polytechnique et ses règlemens. Ne voyez-vous pas quel prestige elle conserve, malgré les diverses révolutions qui ont détruit tant d’excellentes choses ? C’est que le grade impose et s’impose !

Supposez que le grade d’avocat soit soumis au concours ; qu’on en fixe chaqt’e année le nombre. Quels ne seraient pas les bienfaits qu’apporterait une telle réforme ! Le droit de plaider deviendrait un honneur, et l’esprit de corps, auquel prétendent les avocats, acquerrait une véritable dignité. Mais c’est un csprice de mon imagination, et ne serait-ce que pour confirmer la vérité d’un principe évangélique, il faut laisser aux derniers le privilège de pouvoir devenir quelquefois les premiers. C’est en ceci que réside l’esprit démocratique.

Les études se font dans la famille. Les familles aisées ont des précepteurs ; mais, dans chaque village de la Chine, les parens les moins fortunés peuvent envoyer leurs enfans dans les écoles, et il y a des écoles de jour et de nuit. Les enfans qui les fréquentent sont si nombreux que le prix de l’admission est très minime.

L’ordre de nos concours aUra peut-être quelque intérêt pour mes lecteurs européens, quoique ce soient des détails connus par les voyageurs qui ont écrit sur la Chine. Je n’ai pas la prétention de