Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/605

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cursive, constituer la langue écrite définitive de la Chine. Cette écriture économise un temps considérable, perdu dans les précédons systèmes, soit pour dessiner les figures, soit pour tracer les lignes dont se composait un mot.

On voit par ces développemens combien notre langue peut être rendue difficile si l’on se propose de connaître les divers systèmes d’écriture qui composent nos monumens littéraires et nos livres sacrés. L’écriture actuellement adoptée, la cursive, est faite de telle sorte qu’on peut écrire un mot en un trait de pinceau sans aucune interruption. Tous les traits sont liés. C’est un progrès incontestable, très commode pour les divers usages de la vie ; mais les lettres officielles, les compositions d’examens, les rapports au souverain, doivent être écrits en écriture nette, avec un grand soin, et c’est un travail assez difficile. Nous avons des modèles qui varient selon les méthodes, et leur étude forme une des occupations les plus importantes de notre éducation.

On sait sans doute comment s’écrivent les lettres, puisque l’usage de l’encre de Chine n’est pas inconnu en Europe. Il ne sera peut-être pas inutile de savoir qu’il ne suffit pas de délayer de l’encre et de prendre un pinceau. Il faut savoir aussi délayer l’encre à un degré déterminé et tenir le pinceau dans une position perpendiculaire au plan de la table sur laquelle on écrit.

Je terminerai ces notes en apprenant à mes lecteurs d’Occident une leçon célèbre sur les divers moyens d’écrire avec le pinceau.

Il y a huit moyens d’écrire avec le pinceau : 1° la figure d’une lettre doit être vivante, et les traits doivent être plus ou moins en relief, selon les liaisons de la lettre ; 2° les parties qui composent une lettre doivent être droites, énergiques, proportionnées : le commencement et la fin doivent se faire remarquer par des traits distincts ; 3° les traits qui ne sont pas renfermés dans le même mot doivent être naturels, comme des nageoires de poisson ou des ailes d’oiseau ; 4° les pieds d’une lettre doivent être proportionnels à la grandeur de la lettre, et placés soit vers le haut, soit vers le bas, à droite ou à gauche ; 5° un mot, qu’il soit de forme carrée ou ronde, doit être composé de lignes très droites dans les lignes droites et de lignes rondes dans les courbes ; 6° les lignes de jonction doivent être d’une courbe progressive, sans bosses ; 7° l’arrêt d’une ligne droite ne doit pas être pointu, comme le pinceau lui-même, mais très énergique ; 8° avant d’arriver à la courbure d’un trait, il faut penser à diminuer ou à fortifier déjà le trait.

Qu’on remarque toutes les expressions que contient cette leçon, et peut-être pourront-elles, mieux que mes développemens, faire comprendre la valeur d’un caractère, sorte de miniature où l’idée