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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/473

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spécifiées sommairement et seront précisées par un traité de commerce. Des plénipotentiaires vont être nommés pour faire de ce premier acte une œuvre définitive. La paix a ici l’avantage d’être faite avant la guerre, et si le gouvernement français a eu le bon esprit de se décider au moment voulu, sans insister sur une indemnité qui aurait pu tout compliquer, cette victoire pacifique, cette solution de nos obscurs différends avec la Chine a été préparée, on n’en peut douter, par les succès de nos soldats sur le Fleuve-Rouge, par une action militaire habilement conduite.

Est-ce là cependant la fin de ces affaires du Tonkin, de cette campagne qui a été un moment un objet de vive préoccupation, une sorte d’obsession pour l’opinion ? Ce n’est point sans doute la fin. On aura sûrement à maintenir encore un corps d’occupation suffisant pour compléter la conquête ou la pacification du pays. On a entrepris une œuvre laborieuse et complexe de colonisation qui exigera pendant longtemps une vigilance active, une administration éclairée, surtout de l’esprit de suite. Les préliminaires de Tien-tsin qui viennent d’être signés ont du moins le mérite de simplifier et de dégager la question, de réduire les bandes du Fleuve-Rouge à leurs propres forces, d’en finir avec cette menace perpétuelle d’une guerre lointaine avec la Chine. Cette guerre possible, qui n’était peut-être qu’un fantôme, qui pouvait aussi, après tout, devenir une embarrassante réalité, pesait sur l’opinion de tout le poids de l’inconnu ; elle disparaît par cette dernière négociation, qui rend à la France une certaine liberté. C’est maintenant au gouvernement d’achever ce qu’il a commencé en s’éclairant des expériences péniblement instructives qu’il a déjà faites, en évitant les fautes qui ont été commises dans toutes ces affaires lointaines où l’on s’est jeté d’abord un peu à l’aventure. Le ministère a repris dans la politique extérieure quelques avantages de position que nous ne contestons pas ; il est peut-être, à l’heure qu’il est, dans des conditions moins compromises, moins affaiblies qu’il y a quelques mois. C’est à lui de s’étudier à se créer une certaine autorité par une diplomatie prudemment conduite, et il le pourra toujours d’autant mieux qu’il s’appuiera sur une politique intérieure plus juste, plus mesurée, plus conforme aux vrais sentimens et aux vrais intérêts de la France. Le malheur ou l’erreur est toujours de croire qu’on peut obtenir des résultats sérieux, durables en diplomatie, ou avoir des finances, ou reconstituer une armée, ou refaire un enseignement, avec une politique intérieure qui ne serait qu’une perpétuelle concession aux fantaisies, aux passions révolutionnaires sous une couleur républicaine.

Lorsque M. le président du conseil s’arrêtait, il y a quelques semaines, à Périgueux, pour prononcer un discours qui a eu quelque retentissement, il émettait un certain nombre de jugemens, un certain nombre de pronostics sur ces élections municipales qui allaient s’ac-