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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/441

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Au soleil ardent de la vie,
Qui dorait si bien le matin,
Et, d’un reflet de poésie,
Colorait l’horizon lointain.

Ah ! les beaux ans si pleins de sève !
Les beaux jours si pleins d’avenir !
Qui dira s’ils étaient un rêve,
Ou bien s’ils sont un souvenir ?

Tant d’ombre a passé sur la route,
Et tant de neige sur les fleurs,
Sur l’espérance tant de doute,
Et sur le rire tant de pleurs,

Que, plus tard, en rouvrant la page
Où rayonna l’enchantement,
L’œil ne retrouve ce mirage
Qu’avec un morne étonnement…

Pourtant, à l’heure où le jour baisse,
Quand le foin répand sa senteur,
C’est tout un parfum de jeunesse
Qui revient m’embaumer le cœur.

Je revois la folâtre enfance
À travers les meules courant ;
Puis, la rêveuse adolescence
Tapie en ce nid odorant ;

Et le poète, chaque année,
S’isolant pour venir encor,
Au milieu de l’herbe fanée,
Chercher la strophe aux ailes d’or.

Aussi, quand l’arôme que j’aime
Des prés s’exhale de nouveau,
Nous apportant l’adieu suprême
Des fleurs qui paraient le coteau,

Et quand le tic-tac monotone,
Nous dit que le seigle est coupé,
Je ne sais plus si c’est l’automne,
Tant je me souviens de l’été.