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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/435

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plus contenue par aucune autorité, par aucune police, se refusait hautement à livrer les armes et accusait la partie riche de la population, les étrangers et les Chinois qu’elle haïssait, de souhaiter l’entrée dans les murs de l’armée chilienne. Les menaces de pillage et de vengeance se multipliaient. Nous empruntons à une relation publiée à Lima et intitulée : la Campagne de l’armée chilienne à Lima, le tableau suivant de l’état de la ville pendant les heures qui précédèrent l’entrée des troupes chiliennes.

« Dès le 16 janvier, à la tombée de la nuit, on pouvait prévoir la tempête qui allait se déchaîner sur Lima. Des groupes d’aspect sinistre parcouraient les rues de la ville, menaçant les passans et rappelant les sacrifices qu’ils avaient faits pour le pays… Sous prétexte qu’ils n’avaient pas reçu de distributions de vivres, ils se ruèrent sur les magasins des Chinois désarmés ; ils forcèrent les portes à coups de carabines ou les brisèrent à coups de hache ; les maisons furent saccagées, puis incendiées.

« S’attaquant ensuite aux riches magasins où étaient entassés les bijoux, les étoffes, les objets d’art, ils les pillent et y mettent le feu. Il n’est resté que des ruines fumantes et ensanglantées du grand commerce que les Chinois faisaient à Lima ; on estime à trois cents, pour le moins, le nombre des négocians chinois assassinés soit chez eux, soit dans les rues. L’un d’entre eux, voyant incendier ses magasins, fit déposer ses livres de commerce à la légation anglaise. Il résulte de leur examen que la perte subie par lui s’élève à 140,000 livres sterling (3,500,000 francs).

« Les rues de Bodegones, Melcharmalo, Palacio, Polvos, Azules, Zavala, Capon, Albaquitas, Hoyos furent ensuite envahies et pillées… La rue Palacio était jonchée de cadavres… Vainement, les pompiers essaient d’arrêter l’incendie, on dirige sur eux un feu tellement nourri qu’ils sont obligés de se retirer… Le 17 au matin, les colonies étrangères s’arment enfin et, par leur attitude énergique, arrêtent les émeutiers, dont l’ivresse et la fatigue ralentissent l’ardeur…

Cette nuit coûta à Lima plus de 5 millions de francs d’édifices et de maisons détruites et plus de 25 millions de marchandises pillées et brûlées.

Prévenu des désordres dont Lima était le théâtre, le général Baquedano hâta l’occupation de la ville. Le 17, à quatre heures du soir, une division de quatre mille hommes, sous les ordres de l’inspecteur-général de l’armée chilienne, don Cornelio Saavedra, faisait son entrée dans Lima, occupait rapidement les principaux points stratégiques de la ville, pendant que les autres divisions chiliennes campaient aux portes.