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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/434

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ses troupes. Les Péruviens laissaient sur le champ de bataille soixante-dix canons, leur matériel, deux mille morts, trois généraux et de nombreux prisonniers.

A sept heures du soir, Pierola rentrait à Lima, ramenant avec lui les débris de ses troupes et ne rêvant encore que la prolongation d’une lutte impossible. Il voulait s’enfermer dans Le Callao, tourner contre Lima même les batteries du port et rendre l’accès de la capitale impossible à l’armée chilienne ; mais le désordre et le découragement qui régnaient autour de lui ne lui permirent pas de mettre ses projets à exécution. A onze heures, il quittait Lima, accompagné d’un faible état-major et cherchait un refuge dans les montagnes. Lima et Le Callao étaient abandonnés à la merci d’une populace surexcitée et de bandes de soldats irrités de leur défaite, ivres de poudre et de vin.

En l’absence de toute autorité constituée, à même de traiter de la reddition de la ville, le corps diplomatique fit demander dans la nuit au général en chef chilien une entrevue pour le lendemain. Elle eut lieu, en effet, le 16, au quartier-général de Baquedano, où fut signé l’acte de capitulation de Lima dans les termes suivans :

Quartier-général chilien de Chorrillos.

« Le 16 janvier 1881, à deux heures de l’après-midi, se sont présentés don Ruffino Torrico, adjoint au maire de Lima ; S. Ex. M. d Vorgès, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de France ; S. Ex. M. Spencer Saint John, ministre résident de S. M. Britannique ; M. Stirling, amiral anglais ; M. du Petit-Thouars, amiral français, et M. Sabrano, commandant des forces navales italiennes.

« M. Torrico expose que le peuple de Lima, convaincu de l’impossibilité de défendre la ville, l’a délégué pour s’entendre avec le général en chef de l’armée chilienne relativement à la reddition de la capitale.

« Le général Baquedano fait observer que cette reddition doit s’effectuer, sans condition, dans le délai de vingt-quatre heures, demandé par M. Torrico pour désarmer les forces qui restent encore organisées. Il ajoute que la ville sera occupée par des troupes choisies pour maintenir l’ordre. »

Les allées et venues du corps diplomatique, la conférence de Chorrillos, ne laissaient pas de doutes sur ce qui se passait. La populace de Lima, surexcitée par la défaite, enfiévrée par les proclamations qui, depuis huit jours, lui annonçaient une victoire certaine pour aboutir à une irrémédiable défaite, renforcée par les débris de l’armée, qui accusaient leurs chefs de trahison, n’étant