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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/416

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de la frégate cuirassée Blanco Escalada, du monitor Huasrar, de la corvette O’Higgins, de deux croiseurs et de deux chaloupes-torpilles, vint établir le blocus et inviter les bâtimens neutres à quitter le port. Ses ordres étaient d’éviter tout engagement sérieux avec les forts, de couper les communications par mer et de saisir toutes les occasions favorables pour le tir de ses canons à longue portée. Le 22 avril, il ouvrit le feu et put constater que ses boulets atteignaient le bassin du Callao sans que ses navires fussent en danger. Il réussit même à balayer la voie ferrée qui relie Le Callao à Lima et, sur un parcours restreint, suit la plage avant de s’éloigner dans l’Est.

Impuissans par le tir de leurs batteries à maintenir l’escadre à distance, les Péruviens eurent recours aux torpilles. Le 6 juillet, le croiseur chilien, Loa, accosta dans la baie une chaloupe chargée de vivres qu’il remorqua près de son bord. Pendant qu’on procédait au déchargement, une explosion formidable se fit entendre, la chaloupe éclatait en mille pièces et le Loa, avec une trouée dans ses flancs, coulait à pic engloutissant avec lui son équipage. Le commandant, trois officiers et plus de cent matelots périrent. La chaloupe contenait une caisse de dynamite cachée sous les provisions dont le poids maintenait tendu le ressort de percussion. Le 13 septembre, la corvette Covadonga donnait à Chançay, à 30 kilomètres au nord du Callao, la chasse à des embarcations péruviennes. L’une d’elles, atteinte par un boulet, venait de sombrer, un petit canot surnageait. Avant de s’en emparer, le commandant l’envoie visiter ; un examen méticuleux ne révèle rien de suspect. Le canot est remorqué près de la corvette et ordre est donné de le hisser à bord. Les palans sont raidis, le canot s’élève lentement, quand, tout à coup un choc effroyable emporte l’avant de la corvette, qui sombre. Trente-cinq hommes périrent dans cette catastrophe.

Exaspérés par ces pertes, les bâtimens chiliens, impuissans à causer de sérieux dommages au Callao, bombardèrent successivement Chorrillos, Ancon, Chançay, petits ports voisins du Callao, villes de bains fréquentées l’été par les riches négocians de Lima, mais ces représailles ne pouvaient amener de résultats sérieux. Elles surexcitaient l’opinion publique à Lima, où le dictateur Pierola décrétait l’organisation d’une armée de réserve, la levée en masse de la population, et annonçait dans des proclamations emphatiques et passionnées que les Chiliens trouveraient leur tombeau sous les murs de cette capitale. L’enthousiasme était tel que l’archevêque de Lima mettait à la disposition du gouvernement les trésors de ses églises et invitait les femmes péruviennes à sacrifier leurs bijoux pour la défense de la patrie.

Inactives jusqu’ici, les puissances neutres commençaient à se