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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/394

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coup de tête du ministre de la guerre [1]. Voilà comment fut décidée la fatale campagne de l’Est. Voilà les solides esprits qui régissaient la France !


IV

La guerre n’est pas un arcane. C’est un art qu’apprendra vite tout homme doué d’un esprit net, d’une volonté forte, d’un caractère ferme. La netteté de l’esprit, la force de la volonté, la fermeté du caractère ne sont pas les qualités de M. Gambetta. Il a été dictateur militaire sans rien savoir et sans rien apprendre sur la direction, la conduite, et l’administration d’une armée. Il a été aussi dictateur civil. Il a suspendu la justice, il a biffé les lois, il a brisé les conseils généraux ; il voulait briser la banque. Il a commis tous les attentats contre les lois civiles, mais pas un seul jour il n’a donné la preuve d’un grand esprit et d’un grand caractère. Ses actes civils comme ses actes militaires ne sont que des coups de tête. Ils tiennent dans ces deux mots : violence et faiblesse. Nous venons de rappeler sa violence. Faut-il rappeler sa faiblesse devant ces préfets qui le bravent et le provoquent souvent, qui toujours lui refusent obéissance ? sa faiblesse devant ce Garibaldi, qui ne préviendra pas Bourbaki du mouvement de Manteuffel, mais qui retrouvera ses forces pour insulter notre patrie ? sa faiblesse devant ce médicastre d’Avignon, Bordone, qu’il fait colonel, qu’il fait général, et dont l’insolence croît avec le grade, tandis que diminue sa volonté de combattre ? sa faiblesse misérable devant cette odieuse ligué du Midi qui devait envoyer cent mille mobilisés sur les derrières de Bourbaki, et dont la fureur de parole se résolvait en crimes contre les lois, en lâchetés envers la France ? Voilà le dictateur ! On connaît l’œuvre.

Cependant les prisonniers de l’Hôtel de Ville ont rendu la capitale aux Prussiens, bientôt à la commune. Celui qui trois fois a

  1. On peut lire, dans le rapport n° 1416 F de la commission d’enquête sur les actes de la Défense nationale, à la page 258, une dépêche de M. de Freycinet à M. Gambetta. Elle est si curieuse que nous nous en voudrions de ne pas la reproduire. Le ministre se rend à Orléans. M. de Freycinet lui télégraphie : « Ne chauffez pas trop nos généraux ; ne les perturbez pas par un excès d’énergie. » Est-ce qu’on ne voit pas apparaître ici le fougueux orateur, dont la parole peut tout remuer, mais aussi tout troubler ? M. de Freycinet, avec son esprit remarquablement lucide, l’a deviné. « Prolongez votre séjour le moins possible, continue la dépêche ; à mon sens, vous devriez rentrer ce soir. Une entrevue d’une heure et repartir serait le mieux. « Voilà bien l’homme impressionnable, mobile, changeant, aussi facile à accepter une opinion que prompt à en changer. M. de Freycinet craint qu’il ne modifie en présence des généraux les dispositions qu’il lui a fait sanctionner et il le presse de revenir à Tours. Cette dépêche fait connaître M. Gambetta.