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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/392

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dissémine à l’entrée des défilés de la forêt d’Orléans des forces qui sont désormais perdues pour la défense. Ce n’est pas tout encore. A l’aile gauche, le général Chanzy, communiquant difficilement avec le général d’Aurelles, ne pourra coordonner ses opérations avec les mouvemens du reste de l’armée et, au premier succès de l’ennemi, il sera rejeté vers l’Ouest. Vit-on jamais semblable incurie ? Les Allemands, jusque-là si inquiets, abandonnent les 18e et 20e corps, frappent contre Chanzy des coups redoublés, et, perçant notre centre dégarni, coupent en deux tronçons l’armée qui nous eût sauvés si elle n’eût été victime d’une présomptueuse incapacité. Ce qu’a pu la moitié de cette armée, sous les efforts chaque jour réitérés des Prussiens, de Loigny [1] jusqu’au Mans, nous dit assez ce qu’aurait accompli l’armée entière, si la France avait eu un gouvernement digne d’elle [2].

Nous avons subi le troisième revers de cette guerre désastreuse. Les 18e et 20e corps se retirent par Gien sur la rive gauche de la Loire. Les troupes de Martin des Pallières, dans le désordre de leur retraite, ont perdu leur artillerie. Le 15e corps, forcé sur la ligne Artenay-Orléans, a laissé des milliers de prisonniers aux mains de l’ennemi. C’est un grand malheur. Tout n’est pourtant pas désespéré. Les 16e et 17e corps, bientôt soutenus par le 21e, commencent sous la direction de Chanzy cette belle retraite, admirée de nos ennemis, retraite qui n’a été qu’une série de batailles avec des fortunes diverses. Le 20e corps n’a eu à supporter que la journée indécise de Baune-la-Rollande et il n’est pas fortement entamé. Le 18e, qui n’a pris aucune part à la bataille du 28 novembre [3],

  1. Le public connaît peu cette bataille de Loigny, dont l’état-major prussien a parlé es ces termes : « Telle était cette journée de Loigny, par laquelle l’aile gauche de l’armée de la Loire se voyait contrainte, après avoir perdu quatre mille hommes, à renoncer à son mouvement vers le nord. Les pertes des Allemands dépassaient aussi quatre mille hommes. » Nos pertes de Reischoffen et de Spicheren n’étaient pas plus élevées. Le 16e corps et quelques troupes du 17e avaient combattu à Loigny. Cela prouve encore une fois ce que valait cette armée, victime de l’incapacité du dictateur. Le général d’Aurelles ne serait pas pardonnable s’il n’avait pour excuse le parti-pris du gouvernement de l’annihiler. Sans vouloir entrer dans aucun détail, il y a une dépêche de ce général datée du 4, où il dit qu’il appelle les 16e, 17e, 18e, 20e corps à Orléans. Or, depuis quarante-huit heures, ces corps étaient coupés d’Orléans.
  2. M. de Freycinet a accusé le général d’Aurelles d’incapacité. Le général d’Aurelles a accusé M. de Freycinet de duplicité. D’Aurelles, Martin des Pallières, Chanzy se sont renvoyé les responsabilités. Nous n’écrivons pas en ce moment l’histoire militaire d’Orléans. Ce n’est pas que les élémens nous manquent ; mais tel n’est pas notre dessein. Nous ne voulons pas défendre d’Aurelles, très faible à Orléans ; mais la faiblesse de ce dernier n’excuse nullement la conduite affolée de M. Gambetta.
  3. Le récit de la journée du 28 novembre (Baune-la-Rollande) est très exactement rapporta dans l’Histoire de M. de Mazado, et dans les comptes-rendus de la commission d’enquête. (Rapport n° 1416 F.)