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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/385

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faiblesse et ses hésitations, la destruction de deux armées qui jusque-là n’étaient que partiellement battues. C’était encore moins l’empereur. L’empereur n’avait ni la force de gouverner, ni la force de combattre, ni la force de mourir, ni la force de vivre : vivant encore et déjà mort, pour lui appliquer la forte parole de l’Arioste. L’impératrice eût-elle pu le tenter ? Si elle avait su profiter de l’incroyable pusillanimité que montrèrent les chefs populaires dans les journées décisives des 7, 8 et 9 août ; si, élevant son âme jusqu’à la hauteur de ses grands devoirs de souveraine et des immenses périls que la France courait, elle se fût rendue devant le corps législatif ; si elle eût invité la représentation nationale à constituer un comité de gouvernement et de défense, peut-être eût-elle pu, plus heureuse que ne le fut vingt ans auparavant la veuve du duc d’Orléans devant l’émeute qu’elle affronta, sauver en même temps son pays et sa couronne. Qui sait même si cette courageuse attitude de l’impératrice-régente, — rappelant au monde l’attitude de Marie-Thérèse devant les magnats et les députés de la diète hongroise, et sur ce mont du Défi où l’impératrice reine brandit aux quatre points de l’horizon la vieille épée nationale, — qui sait si cette courageuse conduite n’aurait pas changé les dispositions de ce peuple parisien, violent, passionnément railleur, cruel à tous ceux qui l’ont gouverné, mais respectueux aussi de ce qui est vraiment grand, prompt à s’ouvrir à la pitié, facile à s’émouvoir pour l’infortune vaillamment supportée ? Hélas ! tout devait être petit dans notre histoire contemporaine.

Il n’entre pas dans notre dessein de discuter le degré de légitimité des révolutions en général, et en particulier des révolutions qui s’accomplissent en présence de l’ennemi. Ce que nous savons bien, c’est qu’au lendemain de notre première défaite, l’empire, à moins d’un de ces coups d’audace qui changent le cours de l’histoire, était frappé à mort. Ce qui est trop certain, c’est que l’empereur, l’impératrice et ses conseillers n’avaient plus assez de force pour diriger la défense de Paris. Ce qui est malheureusement trop prouvé, c’est qu’à partir de Châlons les opérations militaires allaient être subordonnées à des considérations politiques secondaires et à des nécessités dynastiques. Voilà pourquoi toute révolution faite le jour ou le lendemain du 10 août devient à nos yeux légitime, nécessaire, patriotique, pourvu qu’elle soit nationale. Mais qui l’accomplira ?

Il aurait fallu, nous le reconnaissons, beaucoup plus d’audace, de résolution, d’énergie que n’était capable d’en montrer l’entourage de l’impératrice, pour imposer à la capitale déchaînée l’autorité de la régente. Au contraire, aucun obstacle ne devait arrêter