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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/346

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étrangères les unes aux autres, n’avaient point cette communauté de sentiment qui donne un seul cœur à des millions d’hommes inconnus les uns des autres ; mais chacune sentait douloureusement peser sur elle l’omnipotence de l’état. Malgré les liens, tout à la fois fragiles et lourds, dont l’administration avait enveloppé la société, tout s’en alla pièce à pièce sous la main des barbares, et l’empire, colosse fait de grains de sable, tomba. Isolement municipal, centralisation excessive : deux mots également funestes. La Grèce mourut de l’un, l’empire de l’autre, ou plutôt de tous les deux, car il souffrit en même temps de cette double infirmité sociale.

On recule cette fin jusqu’en 476. La vieille Rome est morte beaucoup plus tôt : Théodose fut véritablement le dernier des empereurs romains. Après lui, il n’y a plus que des ombres sur le trône de l’Occident ; l’Orient est l’empire byzantin et le moyen âge commence, car les Germains sont partout et l’esprit des Grégoire et des Boniface règne dans l’église.


VIII

Le peuple romain est-il mort tout entier ? Il en est des empires comme des individus : les uns et les autres ne vivent avec honneur dans la mémoire des hommes que par les grandes œuvres qu’ils ont accomplies. Sanctuaire de l’art et de la pensée, la Grèce, comme son poète,

Est jeune encor de gloire et d’immortalité.

Rome mérite moins d’admiration, mais elle reste pour le monde l’école de la politique, du droit, de l’administration et de la guerre.

Dans la première partie de son histoire, on voit les heureux effets d’une politique progressivement libérale qui a fait la fortune d’un autre grand peuple ; dans la seconde, les conséquences funestes du pouvoir absolu gouvernant une société servile avec une administration vénale.

Les états de l’Europe moderne ont imité son organisation administrative, qui leur apprit à conduire de grandes multitudes d’hommes, et certaines royautés ont copié le faste de la cour de Byzance, qui les enveloppa, elles aussi, comme d’un suaire.

Les anciennes légions de Rome, par leur discipline et leurs travaux, auraient encore des leçons à donner aux nôtres ; mais il n’en