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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/334

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que notre assistance publique, fit un peuple de mendians que les riches méprisèrent : les jeux charmèrent son oisiveté, sans réveiller ses sentimens religieux, et les combats de gladiateurs surexcitèrent sa férocité native. Juvénal a donc à demi raison quand il jette son cri accusateur : Panem et circenses ! Si le peuple n’avait# pas été habitué à ces spectacles sanglans que les Grecs, avec leur délicate nature, n’ont jamais voulu connaître, s’il n’avait pas vu tant de milliers de captifs livrés aux bêtes, il n’aurait pas si souvent crié : « Les chrétiens aux lions ! »

Dans les provinces, Auguste suivit la politique prudente de l’ancien sénat et de son père adoptif : aux sujets, de la justice ; aux privilégiés, le respect de leurs droits. Ceux-ci remplissaient les villes alliées ou libres, les colonies romaines ou latines, les municipes récemment organisés en Gaule, en Espagne, et dans tous les pays où la vie urbaine avait jusqu’alors manqué et ils avaient les libertés nécessaires : un sénat, une assemblée publique, des élections, la juridiction duumvirale, la police de leur territoire et leurs lois particulières, quand ils n’avaient pas copié celles que César avait rédigées pour l’Italie. Auguste fortifia ce grand régime municipal par deux innovations, l’une très sage, l’autre très singulière, mais accomplies toutes deux à l’aide de vieilles idées qui existaient partout. Au-dessus des religions locales qu’il laissa subsister, il éleva une religion officielle, celle de Rome et des Augustes, qui parut aux peuples une conséquence naturelle du culte des Génies ; puis généralisant une coutume chère aux Grecs, et que les Italiens avaient autrefois pratiquée, il autorisa les députés des villes, librement élus par leurs concitoyens, à se réunir chaque année en assemblées provinciales ; et ces assemblées eurent le droit de porter devant lui les plaintes de la province contre le gouverneur. C’était soumettre, dans une certaine mesure, les successeurs des proconsuls républicains au contrôle des sujets.

Si l’on ajoute à cette garantie celles qu’assureront plus tard le syndicus, ou avocat des villes, et le defensor civitatis, on reconnaîtra que le patronage des petits était une vieille coutume romaine qui, avec des formes très différentes, se retrouve dans cette histoire depuis le jour où Rome eut des sujets jusqu’à celui où elle cessa d’en avoir.

Notons encore qu’Auguste fit peser sur les citoyens, et non sur les provinciaux, les impôts établis pour l’entretien de l’armée, et que les voies militaires dont il couvrit l’empire opérèrent pour le commerce et le bien-être général une révolution analogue à celle que les chemins de fer ont accomplie de nos jours.

De toutes ces mesures résulta pour le monde une longue prospérité, et, dans ces mille cités qui étaient alors, quant à leur