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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/311

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mariage, le premier étant valable. L’institution du concubinage n’enlève rien au caractère d’indissolubilité du mariage. Je pourrais même dire, au risque d’étonner mes lectrices, qu’il fortifie cette indissolubilité. La concubine ne peut entrer dans la famille sous ce nom qu’avec l’autorisation de l’épouse légitime, et dans des circonstances déterminées. Ce consentement n’est pas donné à la légère, et il ne s’accorde que par esprit de dévoûment à la famille et pour que le mari ait des enfans qui honorent les ancêtres.

Je cherche à excuser cette coutume plutôt qu’à la justifier et j’oublie qu’elle n’est en somme que la copie fidèle des mœurs des anciens âges. On lit en effet dans la Bible : « Or Sarah, femme d’Abraham, n’avait pas encore donné d’enfant à son mari ; mais elle avait une servante égyptienne nommée Agar, et elle dit à Abraham : « L’Éternel m’a rendue stérile ; viens, je te prie, vers ma servante ; peut-être aurai-je des enfans par elle. » Alors Sarah prit Agar et la donna pour femme à son mari. Voilà donc l’exemple si horrible que nos mœurs imitent ! Pour être véridique, je dois reconnaître qu’imitant à leur tour la conduite d’Agar, les concubines abusent souvent de la situation particulière qu’elles ont reçue pour mépriser la femme légitime. Ce sont les inconvéniens de l’institution. Aussi, quoique l’usage existe et qu’il soit dans les mœurs, il n’est pas rare de trouver des familles où la concubine n’entrera jamais, quelles que soient les circonstances.

Dans tous les cas, les concubines sont prises le plus souvent dans la basse classe ou parmi les parens nécessiteux. Les enfans de la concubine sont considérés comme les enfans légitimes de la femme légitime dans le cas où celle-ci n’en a aucun ; ils sont, au contraire, considérés comme enfans reconnus, c’est-à-dire ayant autant de droits que les enfans légitimes, si la femme légitime a déjà des enfans.

La concubine doit l’obéissance à la femme légitime, et se considère comme étant à son service.

Et c’est tout.


Tcheng-Ki-Tong.

TOME LXIII. — 1884.