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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/308

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flattent le moins et pour laquelle je me risque à donner une rectification, c’est celle qui fait de la femme un être ridicule, grotesque, sans influence, uniquement créé pour mettre au monde nos enfans.

C’est se faire une singulière idée de la femme. Sans nul doute notre femme ne ressemble pas à la femme d’Occident, mais c’est toujours ; la femme, avec tout ce qui ne se définit pas, et, à quelques nuances près, elles sont toutes filles d’Ève, s’il faut entendre par cette expression la disposition instinctive qui les pousse à dominer le genre masculin. Le meilleur service qu’on puisse rendre à la femme, c’est de la diriger et de lui laisser croire qu’elle dirige pour flatter son amour-propre. Nos traditions nous permettent de faire-le bonheur de la femme en ce que, chez nous, le masculin est représenté par le Soleil et le féminin par la Lune. L’un éclaire, l’autre est éclairé ; l’un est éblouissant de clarté, l’autre lui doit ses pâles reflets. Mais le soleil est l’astre bienfaisant et généreux, et la lumière qu’il cède à la lune a le don d’éclairer aussi : elle a une douceur tempérée qui calme les esprits chagrins et apaise les passions du cœur.

La nature elle-même a donc servi de modèle à ces distinctions et personne n’aurait l’idée bizarre de penser que ses préceptes ont pu être mal interprétés.

J’ai remarqué que le soleil était du genre masculin dans la plupart des langues, sauf dans la langue allemande, où la lune est du genre masculin et le soleil du féminin. C’est une exception très curieuse et qui serait très commentée par un lettré du Céleste-Empire. Il croirait que ce sont les Allemandes qui conduisent la politique et dirigent les administrations de l’état et que les Allemands travaillent au trousseau de leurs filles ; ce qui ne serait pas tout à fait la vérité.

Quoi qu’il en soit, puisque les exceptions confirment les règles générales, il est permis d’établir comme une loi la supériorité du masculin sur le féminin. En Chine, cette loi a la force d’une loi naturelle et elle a donné naissance à certaines conséquences qui ont fondé des coutumes et créé des devoirs.

L’homme et la femme comme membres de la famille ont des devoirs spéciaux auxquels se rapportent des systèmes d’éducation différens. Leur rôle social est défini d’avance, et ils sont chacun élevés pour suivre la direction qui convient à leur classe. L’homme et la femme reçoivent donc une éducation séparée. L’un entreprendra les études qui conduisent aux emplois de l’état ; l’autre ornera son intelligence de connaissances utiles et apprendra la science précieuse du ménage.

Nous pensons que la science approfondie est un fardeau inutile