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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/296

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disciples sincères. Critique qu’il m’est aisé de faire : tour à tour les hommes composant la grande tribu humaine aiment à discuter sur la paille énorme du voisin et oublient la poutre imperceptible. Ce sont des inconséquences qui ne font que mieux ressortir l’utilité des maximes ; car avec un peu plus de respect et moins de négligence, la vie serait plus digne et plus estimable.

Je reviens encore aux maximes pratiques. Confucius a dans sa doctrine quantité de petits moyens qui combattent victorieusement les grosses erreurs : c’est comme l’homéopathie appliquée aux maladies de l’âme. Il défend, pour citer un de ces moyens, l’idée fixe, c’est-à-dire le préjugé. Il dit : Tous les hommes sont semblables, les anciens et les nouveaux ; ce qui est le bien pour les uns est aussi le bien pour les autres ; ils ne diffèrent pas. Les imiter dans là sagesse de leur conduite et s’appliquer à les connaître, c’est le meilleur chemin à suivre pour se connaître soi-même.

En un mot, il cherche à créer un point de vue d’ensemble qui réunira toutes les consciences ; personne n’échappera à ce magnétisme, et, sans arrière-pensée, sans la conception d’un autre idéal, tous les esprits se tourneront vers le soleil du monde moral pour en recevoir la bienfaisante lumière.

Il dit encore : « Entrez dans le domaine intime de la nature et étudiez le bien et le mal, vous serez pénétré par le sentiment de la nature elle-même, et, malgré les vastes dimensions de l’univers et les distances qui séparent les situations sociales, vous concevrez dans votre conscience le principe de l’égalité des êtres.

« Si vous maintenez la conscience, vous restreindrez le désir et arriverez à l’idéal de la vie terrestre, qui est la tranquillité de l’esprit.

« La tranquillité est une sorte d’attention vigilante. C’est lorsqu’elle est complète que les facultés humaines déploient toutes leurs ressources, parce qu’elles sont éclairées par la raison et maintenues par la connaissance. »

Je m’arrête : il n’est pas nécessaire de développer davantage cette magnifique doctrine qui constitue un des plus splendides hommages rendus par l’homme à son Créateur.

La religion de Confucius n’admettait primitivement ni images, ni prêtres. On a ajouté depuis à la doctrine certaines cérémonies qui ont établi les règles d’un culte. Mais ces cérémonies occupent peu les esprits qui considèrent les principes.

L’unité religieuse n’existe pas en Chine : où existe-t-elle ? L’unité est un état de perfection qui n’existe nulle part. Mais si la Chine a plusieurs religions, je m’empresse de dire qu’elle n’en a que trois ; c’est bien peu.

Outre la religion de Confucius, il y a celle de Lao-Tsé, qui n’est