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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/294

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ment de l’esprit, et nous avons la religion terrestre, celle qui force aux manifestations des bras et des jambes. En un mot, nous connaissons la contrefaçon et la sincérité.

Les religions sont au même niveau que l’esprit. Nous avons la religion des lettrés, qui correspond à l’état de culture du corps le plus éclairé de l’empire : c’est la religion de Confucius, ou mieux sa philosophie, car sa doctrine est celle d’un chef d’école qui a laissé des maximes morales, mais qui ne s’est pas livré à des spéculations philosophiques sur les destinées de l’homme et la nature de la Divinité.

Confucius vivait au vie sièclee siècle avant l’ère chrétienne, et son souvenir a tant de prestige qu’il n’y a pas une ville en Chine qui n’ait un temple élevé en son honneur. Son système philosophique consiste essentiellement dans l’éducation du cœur humain et le mot éducation est vraiment celui qui exprime le mieux le but de cette doctrine. Élever, c’est-à-dire soulever de terre l’homme inerte, que le mauvais emploi de ses facultés a abaissé ; lui ouvrir les yeux, pour lui montrer la splendeur bleue du monde illimité ; l’habituer peu à peu à sortir de son néant et à se sentir esprit, être pensant, voulant et connaissant. Penser, vouloir, connaître, sont les trois degrés de cette éducation qui commence par le réveil et s’achève par la science, et dont le formulaire possède les plus belles maximes que jamais philosophe ait écrites sur l’humanité.

Il ne faudrait pas croire cependant que la doctrine de Confucius s’en tienne à des maximes ou à des conseils sans indiquer de méthode précise. Il y a un enseignement très exact dans cette doctrine, et c’est véritablement un cours pratique d’éducation morale. Je vais essayer d’en faire connaître le plan.

Le principe sur lequel repose ce système est de maintenir la raison dans des limites fixes. Confucius disait que le cœur humain est semblable à un cheval au galop qui n’écoute « ni le frein ni la voix ; » ou bien à un torrent qui descend les pentes rapides des montagnes ; ou encore à une flamme qui éclate. Ce sont des forces violentes, qu’on ne peut se flatter de maîtriser qu’en les maintenant, sans attendre qu’elles se développent.

Il disait que le cœur humain a un idéal invariable : la justice et la sagesse, et que les cinq sens ont des puissances de séduction qui l’écartent de cet idéal. S’armer volontairement contre les dangers de ces séductions, tel est le moyen que Confucius conseille à ses adeptes, et l’arme invincible qu’il leur donne, c’est le respect.

Le respect est le sentiment général qui s’étend à chaque action de la vie. La cause première de la corruption est la négligence ; il n’y a pas de quantité négligeable pour la raison.