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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/218

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« O bel art de la scène, si tu corriges les mœurs, ce n’est pas en riant, cette fois !

« Non, on ne rit pas, on pleure peu, mais on souffre beaucoup en voyant ce drame. On éprouve cette nerveuse agitation des personnages qui crispe les mains et les pieds, comme si on voyait quelqu’un toujours prêt à tomber d’un toit…

« Cette jeune femme est comme menacée par un vautour qui tourne sur elle. L’épouvante saisit pour elle à la vue d’un jeune homme convulsif qui porte en lui-même deux causes d’exaltation, son amour d’abord, puis cette rancune de bâtard et d’orphelin qui lui fait bouillonner dans le cœur une éternelle rage contre la société… »

Voilà de quelles angoisses, à votre aspect, furent pris vos contemporains, ô Antony ! ô Adèle ! figures offertes à Tony Johannot [1] ! Et ce témoignage fut porté ici même par un doux et grave poète, en juillet 1831, alors qu’une vignette symbolique, précisément due à Johannot, décorait la couverture de cette Revue… Je l’ai sous les yeux, cette vignette : deux jeunes femmes y sont réunies ; l’une, moulée dans sa jupe comme une Agnès Sorel de 1830, s’appuie contre un arbre où sont inscrits les grands hommes de l’ancien monde ; l’autre, nue et huppée de plumes comme une sœur d’Atala, siège sur un banc de gazon où se lisent les gloires du nouveau ; la sauvage aussi bien que l’autre a la taille longue et fine, selon la mode de la place Royale et du boulevard de Gand ; aussi bien que l’autre, elle a cette grâce flexible et cette habitude penchée qu’aiment également les poètes et les fashionables

  1. Voir le frontispice de la deuxième édition d’Antony. Paris, 1832 ; Auffray.