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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/185

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de l’évidence, par l’effet d’une sorte d’instinct scientifique qui impose la croyance.


VII

Les objections n’ont pourtant pas manqué. Il y en a deux surtout qui paraissent graves et que M. Tacchini [1] a soutenues avec force : comment peut-on admettre que des cendres aient pu rester suspendues dans l’air sans tomber depuis le 26 août, date de leur émission, et attendre jusqu’au mois de décembre pour se révéler, et comment comprendre, que, de cette bouche unique et perdue dans la mer des Indes qu’on dit les avoir lancées, elles aient pu se disséminer par leur seule tendance au niveau jusque dans les contrées les plus éloignées ? Ces objections n’ont pas le degré de gravité qu’on a pensé. D’abord, c’est un fait connu depuis longtemps ; que les cendres volcaniques sont emportées très loin par les vents. En 1879, celles qui sortaient de l’Etna atteignaient et dépassaient Messine. Le 3 juillet 1880, M. Edward Whymper, dans une ascension au Chimborazo, voyait s’élever du volcan de Cotopaxi une colonne de fumée d’abord entraînée vers l’est, puis ramenée par un courant contraire sur le Chimborazo, où il se trouvait. Elle était à 12,000 mètres d’altitude environ ; elle voilai, le soleil et lui communiquait une teinte d’émeraude. M. Tacchini lui-même raconte que, le 17 mai 1879, un cyclone venu d’Afrique, où il s’était imprégné des sables du Sahara, passa la Méditerranée et parcourut la Sicile, ou il les déposa si abondamment qu’on eu recueillit plus d’une livre sur une seule terrasse. Pendant un séjour au pic de Ténériffe, M. Piazzi Smyth remarquait de véritables strates dépoussière qui paraissaient demeurer à l’état permanent à un niveau très élevé. M. Langley fit la même remarque en 18S1 pendant l’ascension qu’il fit du mont Whitney. Il voyait s’étendre au-dessous de lui et à perte de vue un océan de poussière qui paraissait rouge par réflexion. En Chine, quand le vent souffle de l’ouest et qu’il a traversé sans pluie les continens d’Europe et d’Asie, il est chargé d’une poudre jaune et la dépose sur les végétaux, les maisons et les habitans. Il faut encore citer les cirrhus formés de globules d’eau, qui se maintiennent dans les hauteurs, les cristaux de glace auxquels nous devons les halos, enfin ces particules solides innombrables qu’un rayon de soleil illumine dans la chambre obscure et qui se déposent, suivant Tyndall, lentement et seulement quand l’air a été tenu dans un

  1. Nuova Antologia, 1er février 1884.