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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/181

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reconnaître une flamme d’hydrogène, et, quand elle fut consumée, l’étoile reprit son aspect des anciens jours. Rien ne dit que la terre ne soit menacée d’une pareille fin, qui ne ferait pas plus d’effet pour les autres mondes que n’en fît pour nous l’incendie de l’étoile a. Pour cette fois, la terre s’en serait tirée à meilleur compte ; elle n’aurait rencontré, vers le mois de novembre dernier, qu’un amas de poussières et d’eau qui l’aurait couverte tout entière et n’aurait révélé son action que par des lueurs rouges. Il est inutile de discuter ces possibilités : le caractère des hypothèses sans fondement est de ne pouvoir être confirmées ni réfutées ; celle-ci est du nombre. On peut dire toutefois que jamais pluie d’étoiles filantes, jamais chute de matériaux cosmiques, jamais aucun indice de cette sorte ne fut accompagné de lueurs rouges. Passons à la seconde théorie.

De temps immémorial, on voyait à l’entrée occidentale du détroit de la Sonde, à distance à peu près égale de Sumatra et de Java, la petite île de Krakatoa. C’était un volcan s’élevant à 800 mètres environ, pareil au Stromboli ou à Santorin. Depuis le 22 mai, il était en travail ; il avait rejeté sur la mer de grandes quantités de ponce flottante et s’était ouvert un nouveau cratère à la base de la montagne ; et, bien que les arbres fussent brûlés et les moissons détruites, la population, qui en avait l’habitude, ne se montrait pas trop effrayée. L’éruption suivait donc son cours avec les circonstances ordinaires et sans présages funestes, lorsque le 27 août au matin, elle devint tout à coup formidable. Ce fut une répétition aggravée du désastre qui a détruit Herculanum et Pompéi en 79 après Jésus-Christ. Une île voisine, Sebessi, fut enterrée avec tous les habitans sous une épaisse couche de boue. A Java et à Sumatra, le littoral fut inondé et cinquante mille personnes furent noyées ; les navires qui, à ce terrible moment, passaient en vue de Krakaloa, furent violemment secoués ; mais aucun ne fit naufrage, et c’est aux marins qui les montaient que nous devons les détails de ce déplorable événement. Nous insisterons sur trois points.

L’éruption fut courte. Commencée le 27, elle était terminée le lendemain. Tant qu’elle dura, on entendit des détonations répétées, si terribles que rien ne peut en donner l’idée ; on les entendit de Batavia et de Ceylan comme des coups de canon lointains et, dans es intervalles, des crépitations tellement semblables à des feux de mousqueterie que les troupes prenaient les armes, croyant à une attaque des naturels. Pendant ce temps, le baromètre, qui était très élevé, éprouvait des oscillations si brusques et si graves qu’on le voyait monter et descendre d’un demi-pouce en quelques minutes. Il faut noter celte circonstance importante.