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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/177

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conditions extraordinaires, a reçu le nom d’upper-glow, qui a été proposé par miss Annie Ley : en Angleterre, les dames prennent quelquefois une part active au mouvement scientifique.

On a cherché à voir ce médium par le procédé que nous avons indiqué, en scrutant attentivement le ciel et en attendant le moment où les couches inférieures et moyennes sont éteintes. On a parfaitement réussi à distinguer un stratus mince, une brume étalée, filamenteuse et persistante sans déplacement sensible, et d’aspect ronge. Elle était visible pendant longtemps, quelquefois deux heures après le coucher du soleil. Cela montre clairement que cette brume était très haut placée et qu’il est possible de mesurer son altitude par le procédé que nous avons décrit et qui a permis à Bravais de fixer à 120 kilomètres environ la hauteur limite de l’air dans les conditions ordinaires. Le calcul fut d’abord fait par M. Helmholtz, qui avait observé les lueurs, à Berlin, les soirs des 28, 29 et 30 novembre ; elles se voyaient jusqu’à 45 degrés au-dessus de l’horizon ; une heure après le coucher, leur hauteur devait atteindre 60 kilomètres, ce qui est déjà une belle hauteur. Mais M. Hirn va beaucoup plus loin ; ayant fait les mêmes observations et les mêmes calculs à Colmar, il trouva que cette élévation dépassait 500 kilomètres : ce serait environ quatre fois l’épaisseur admise par Bravais pour l’épaisseur totale de l’air. Ce n’est pas à dire que l’atmosphère ait été momentanément surélevée ; cela signifie seulement qu’elle avait été envahie par une brume rouge qui avait reculé et prolongé sa faculté diffusante jusqu’à des limites où elle en est habituellement dépourvue. Il faut laisser à M. Hirn l’honneur et la responsabilité de cette évaluation.

Dès lors, les récits et les descriptions des témoins, toute l’enquête que nous venons de faire se résument en deux mots : les lueurs rouges du crépuscule tardif étaient dues à la présence, dans les confins de l’air, d’une brume légère formée par des poussières diffusantes. Son existence ne peut être contestée ; elle est expérimentalement constatée ; sa hauteur a été mesurée ; elle a été vue par tous les observateurs attentifs, par MM. Manley, Rollo Russel, Michie Smith, Piazzi Smyth, etc. Elle explique les lueurs rouges qui nous ont préoccupés ; elle en a été l’unique cause et nous pouvons considérer comme résolue la première partie des questions qui se présentaient à nous, à savoir quelle circonstance spéciale avait modifié les lueurs crépusculaires d’une si étrange façon, dans le monde entier, presque au même moment.

Mais ce n’est pas tout : il faut chercher la nature de ces nuages élevés et leur cause. Cherchons d’abord s’ils n’ont pas révélé leur présence par d’autres propriétés ; or nous allons voir que de nombreux