Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/173

Cette page n’a pas encore été corrigée


des poussières, les éclairent, les rendent lumineuses par diffusion. Avec un peu d’attention on distingue les plus grosses, on les voit s’agiter, se déplacer, entrer dans le rayon ou en sortir ; mais si la chambre a été longtemps fermée, si personne n’y est entré, si l’air a été maintenu dans la plus complète tranquillité, ces poussières se sont déposées, la trace lumineuse est à peine visible.

Pendant l’exposition d’électricité, on disposa souvent au sommet de l’édifice une lumière électrique au foyer d’une lentille afin de lancer des rayons dans une même direction. On les voyait de loin, dessiner leur route dans la nuit, parce que les couches d’air rencontrées par eux devenaient visibles et présentaient à peu près les apparences d’une queue de comète. C’est la diffusion qui rend lumineuse pendant le jour toute l’étendue de la voûte céleste, c’est elle qui nous envoie de toutes directions assez de lumière pour masquer et éteindre les étoiles, c’est elle aussi qui estompe dans le lointain le contour des montagnes : elle est comme un voile lumineux qui s’interpose entre elles et notre œil.

Il est facile de prévoir que cette diffusion changera d’intensité et de couleur si elle est développée dans les couches claires ou les couches troubles : commençons par les premières. Si nous regardons au zénith, nous recevons la diffusion de tous les étages atmosphériques, des plus hauts comme des plus bas, des couches claires et des couches troubles. L’effet des premières l’emporte, parce qu’elles vont jusqu’aux limites de l’air, celui des dernières est négligeable, parce qu’elles ne sont guère épaisses : le résultat général est bleu. Ces couches supérieures, sereines et claires, sont donc bleues par diffusion ; elles le sont aussi par transmission, car le soleil et la lune pâlissent au zénith. L’air se comporte donc en tout comme l’eau distillée limpide et pure, il est bleu, c’est l’azur du ciel, qui s’accentue dans les montagnes, où il est plus foncé. A la limite de l’air, le ciel serait noir, parce qu’il n’y aurait plus de cause à la diffusion. Cette couleur tient elle à l’oxygène, à l’azote ou à la vapeur d’eau, c’est ce que l’on ignore et ce qu’il est impossible de chercher. J’inclinerais à penser qu’elle est due à la vapeur d’eau. La glace est bleue, l’eau liquide offre la même teinte ; il n’est pas probable que sa vapeur ait une couleur différente.

Mais de même que l’eau troublée par une émulsion devient rouge par transparence en restant bleue par diffusion, de même les couches troubles atmosphériques vont nous présenter deux couleurs. Aussitôt que le soleil descend vers l’horizon, il traverse des parties de plus en plus chargées de particules solides ; il les traverse de plus en plus obliquement. Pour ces deux raisons, et à cause d’un plus long trajet comme à cause d’un plus grand trouble