Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/169

Cette page n’a pas encore été corrigée


L’expérience fut reprise par M. Bunsen, par M. Spring, de l’Académie de Bruxelles, et par le professeur Soret, de Genève ; chacun d’eux prit un soin particulier de purifier le liquide employé, et vit la lumière sortir colorée, non pas en orangé, mais en bleu.

On se rappelle que la lumière blanche peut être considérée comme étant composée de trois couleurs principales : rouge, jaune et bleue ; elles sont partiellement interceptées dans leur passage à travers l’eau pure, mais elles le sont inégalement : le rouge et le jaune le sont plus que le bleu, et, à la sortie, ce bleu domine. On doit donc reconnaître que l’eau, quand elle est claire et pure, est bleue. Mais si on la trouble en y versant un peu d’eau de Cologne, ou d’absinthe, ou d’extrait de Saturne ; si, par tout autre procédé analogue, on dissémine dans la masse des particules solides très petites, elles arrêtent et accrochent au passage une partie de la lumière. Or l’expérience prouve qu’elles arrêtent plus de bleu que de jaune, plus de jaune que de rouge, d’où il suit qu’à la sortie la lumière est teintée de jaune, ou d’orangé, ou finalement de rouge. Suivant que l’eau est pure ou troublée, elle offre donc toutes les teintes : bleues, vertes, jaunes, orangées et même rouges.

Ce rayon accroché au passage par les particules solides n’est pas éteint, il est réfléchi par elles, renvoyé dans toutes les directions, disséminé de tous les côtés ; on dit qu’il est diffusé. Tous les corps diffusent, c’est une de leurs propriétés les plus importantes ; tous font deux parts dans la lumière qui leur est envoyée : l’une passe directement et continue son chemin, c’est le rayon transmis ; l’autre s’échappe dans tous les sens ; elle illumine la matière et la rend visible. Ces deux parts se complètent, sont complémentaires. Quand la première décroît, la deuxième augmente. Or, si l’eau trouble laisse passer plus de rouge que de bleu, elle doit diffuser plus de bleu que de rouge, c’est-à-dire qu’étant rouge par transmission, elle doit être bleue par diffusion ; c’est pour cela que l’eau dans laquelle on a laissé tomber quelques gouttes d’extrait de Saturne ressemble à un nuage bleuâtre, mais paraît franchement jaune orangé quand on regarde le jour à travers. M. Soret, à qui l’on doit de savantes études sur ce sujet, fit l’intéressante expérience qui suit : il exposa au soleil un long tube de verre rempli d’eau trouble, ferma une extrémité par un écran noir, et regarda par l’autre bout pour ne recevoir que de la lumière diffusée ; elle était bleue comme le ciel pendant le jour.

Suivant leur origine, les eaux présentent tous les degrés de transparence possibles. Si cette transparence était absolue, il n’y aurait point de diffusion, le liquide se comporterait comme un vide parfait ; ce serait, suivant l’expression de Tyndall, le vide optique ;