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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/151

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de Marie, » le Malinche, comme prononçaient les Indiens, tel fut par la suite le surnom du capitaine castillan dans tout le Mexique. Quand Diaz fait parler les indigènes, c’est toujours par cette appellation que Cortez est désigné. Le conquérant eut de doña Marina un fils, Martin Cortez, et la maria par la suite à un hidalgo, Juan Xaramillo. Elle avait été abandonnée tout enfant par sa mère au cacique d’un village voisin, et Diaz nous retrace la scène de famille dont il fut témoin quelques années plus tard, quand la mère de doña Marina, mandée à une assemblée pour la pacification des provinces, vit sa fille aux côtés du vice-roi. « La mère et le frère étant venus, la mère reconnut clairement que Marina était sa fille, car elle lui ressemblait fort. Et ils eurent peur d’elle, croyant qu’elle les avait mandés pour les tuer, et ils pleuraient. Quand la doña Marina les vit ainsi pleurer, elle les consola et leur dit de ne pas avoir peur, que lorsqu’ils la livrèrent ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient, et qu’elle leur pardonnait. Et leur ayant donné quantité de joyaux d’or et de vêtemens, elle leur dit de s’en retourner à leur pueblo ; que Dieu lui avait fait grand merci de l’ôter de l’adoration des idoles et de la faire chrétienne, et de lui donner un fils de son maître et seigneur Cortez, et de permettre qu’elle fût mariée avec un gentilhomme comme était son mari Juan Xaramillo ; que, quand bien même on la ferait cacique de toutes quantes provinces il y avait en la Nouvelle-Espagne, elle ne le voudrait point ; qu’elle prisait plus haut que chose au monde le service de son mari et de Cortez. Et tout ce que je dis là, je le lui ai entendu dire à elle-même très expressément, et je le jure amen. A mon sentiment, cette aventure ressemble à ce qui advint, en Egypte, à Joseph et à ses frères, quand ils vinrent en son pouvoir lors de l’affaire du blé. »

Le jour du jeudi saint, l’armada jeta l’ancre à Saint-Jean de Ulloa, et Cortez mit le pied sur cette terre du Mexique, où il devait gagner un royaume. Un envoyé de Montézuma se présenta aussitôt au camp, avec des peintres chargés de reproduire sur de grandes pièces d’étoffe les vaisseaux, les chevaux, les canons, les visages des capitaines étrangers. Cette fois on pouvait s’entendre, et les Espagnols apprirent l’existence de l’empire aztèque. Quelques jours après, de nouveaux ambassadeurs, de Montézuma apportaient à Cortez des présens magnifiques : un soleil d’or, une lune d’argent, un casque rempli de pépites. A la vue de ces trésors, au récit de ces merveilles, l’âme de l’aventurier s’enflamme et s’affole ; tous les élémens confus qui bouillonnent en elle, curiosité, convoitise, soif de gloire, prosélytisme de la foi, tout conspire à fortifier cette âme dans le plus mâle dessein qu’un homme ait jamais formé. Cortez communique son enthousiasme à ses compagnons, il apaise les