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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/150

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recommença à parler au Guerrero, lui remontrant qu’il était chrétien et qu’il ne perdit point son âme pour une Indienne, et que s’il les tenait pour sa femme et ses enfans, qu’il les emmenât avec lui puisqu’il ne les voulait pas laisser. Et pour chose qu’il pût lui dire et pour bien qu’il l’admonestât, l’homme ne voulut point venir. Il paraît que ce Gonzalo Guerrero était homme de mer, natif de Palos. »

Renforcée de ce précieux auxiliaire, l’escadrille s’avança dans la baie de Campêche. A Tabasco, Cortez livra sa première grande bataille aux Indiens, réunis en masse sur le rivage pour s’opposer au débarquement ; ces indigènes plièrent, épouvantés par les chevaux, et on en fit un grand massacre. Il ressort des récits de Diaz que dans toutes ces rencontres, où les Espagnols étaient dans la proportion d’un contre cinquante, soixante et plus, ils durent la victoire à leur petite cavalerie bien plus encore qu’à leur artillerie ; les Indiens, assez vite aguerris à la poudre, ne pouvaient surmonter la frayeur superstitieuse que leur inspiraient ces monstres rapides, qu’ils croyaient faits d’un seul corps, homme et cheval : on voit ici comment dut se former dans l’antiquité le mythe des Centaures, chez quelque peuplade de la vieille Grèce attaquée pour la première fois par des cavaliers asiatiques. — Après le combat de Tabasco, tandis que les vainqueurs pansaient les blessures des hommes et des chevaux avec de la graisse d’Indiens, les caciques de la contrée vinrent offrir la paix ; ils proposaient des bijoux d’or et un présent de vingt jeunes femmes. Les Espagnols refusèrent d’accepter ces infidèles avant qu’elles eussent reçu le baptême. Aguilar les catéchisa sommairement, fray Bartolomé procéda à la cérémonie, et les principaux de l’expédition se les adjugèrent aussitôt sans autre combat de conscience. Cette scène, qui reviendra à satiété sous la plume de Diaz, comme le complément obligé de toute négociation avec les Mexicains, peint d’un seul trait la religion de ces hommes, aussi scrupuleuse sur la forme qu’accommodante sur le fond.

Une de ces Indiennes, fille d’un cacique de grande race, dévolue d’abord à Puertocarrero, revint ensuite à Cortez ; ce fut la fameuse doña Marina. Cette femme, d’une intelligence et d’un caractère au-dessus du commun, tient dorénavant l’un des premiers rôles dans le drame raconté par Bernal ; c’est l’Égérie du conquérant, toujours à ses côtés, lui rendant les plus signalés services dans les grandes épreuves. Elle apprit assez promptement l’espagnol et le mexicain pour remplacer Aguilar, interprète médiocre ; Cortez mena toutes ses négociations par l’intermédiaire de doña Marina ; elle fut le premier trait d’union entre les deux races ; elle prêcha et convertit des milliers de ses compatriotes. « L’homme