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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/148

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Cependant Cortez s’équipait de son mieux ; sachant qu’il avait à séduire, pour les entraîner à sa suite, des enfans glorieux et fanfarons, il s’efforçait de les éblouir par la montre et les folles espérances : « Il commença à se parer et se faire brave en sa personne beaucoup plus que devant et se mit un panache de plumes avec sa médaille d’or, qui lui seyaient fort bien. Or il n’avait pas de quoi faire ces dites dépenses, étant en cette saison fort endetté et pauvre, encore qu’il eût de bons Indiens de commanderie. Mais il dépensait tout pour sa personne et en ajustemens pour sa femme, étant nouvellement marié. Il était affable de sa personne, bien-aimé et de bonne hantise, et avait été deux fois alcade en la ville de Santiago de Barracoa, où il habitait, ce qui, en ces pays, se tient à grand honneur. Et certains marchands de ses amis, nommés Jaime Tria et Pedro de Xérès, le voyant avec une capitainerie en bon chemin, lui prêtèrent 4,000 pesos d’or et lui donnèrent, en outre, des marchandises sur la rente de ses Indiens. Et aussitôt il fit faire des aiguillettes d’or qu’il mit sur un habit de velours et des étendards et bannières ouvrés d’or avec les armoiries royales et une croix de chaque côté, et une inscription en latin qui disait : « Frères, suivons le signe de la sainte croix avec foi sincère et par lui nous vaincrons. » Et il fit immédiatement publier ses bans et battre ses tambours et trompettes au nom de Sa Majesté, informant toutes personnes qui voudraient aller en sa compagnie aux terres nouvellement découvertes pour les conquérir et peupler, qu’il leur serait donné leur part de l’or, argent et joyaux qui y seraient trouvés, et commanderies d’Indiens après la pacification. »

Ces façons magnifiques réussirent ; tous les aventuriers de l’île accoururent à l’appel du jeune capitaine. Il alla tour à tour publier son ban à Santiago, à La Trinidad et enfin à La Havane. Comme il achevait ses préparatifs dans ces deux derniers ports, Velazquez, entrepris par les candidats évincés, se ravisa et dépêcha des courriers pour lui retirer le commandement, pour se saisir de sa personne si possible. Mais la diplomatie et la bonne grâce du capitaine-général lui avaient déjà gagné les cœurs de ses compagnons : « Nous autres tous, nous aurions joué la vie pour Cortez, » dit Bernal Diaz. Négociant, gagnant du temps, puis brusquant les choses, il leva enfin l’ancre, emmenant en dépit du gouverneur les vaisseaux que Velazquez ne devait plus revoir. L’armada, forte de onze bâtimens, portait cinq cent huit hommes, dix canons et seize chevaux. Les chevaux, amenés d’Espagne à grands frais, étaient encore dans le Nouveau-Monde un luxe militaire très rare et très coûteux. Diaz, conquis dès le premier jour par Cortez. et qui lui restera fidèle de son épée et de sa plume dans toutes les fortunes, Diaz fait ici un dénombrement de l’armée sur le mode homérique. Il décline les