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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/139

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brouillards de l’aube enveloppent la ville devinée à l’horizon. En pensant aux géographes et aux alchimistes d’alors, on se dit que toute découverte, avant de se condenser en vérité, flotte quelque temps à l’état de rêve ; on devient indulgent et attentif pour les rêves. — Enfin, un aimant mystérieux attirait les hommes à l’ouest, par-delà les flots et les brumes redoutables de la mer ; comme on sent dans les vents plus tièdes, à l’approche du printemps, des parfums lointains apportés des terres du sud, les gens des côtes océanes, au printemps de la renaissance, respiraient des odeurs provocantes charriées par les alizés du bord des plages ignorées. Tout conspirait à précipiter les audacieux du côté où le monde, pris de malaise, cherchait un contre-poids absent.

Devançons ces audacieux, tournons sur la face encore vide de leur mappemonde, évoquons de ce néant les contours voilés qui vont apparaître tout à l’heure. Entre les deux océans qui lui assurent le silence, une terre est allongée, vierge au vague profil de femme endormie, la tête appuyée au pôle nord, les pieds sur le pôle sud, la taille ceinte par l’équateur, un bras étendu vers l’Asie, l’Alaska ; l’autre vers l’Europe, le Labrador. Cette terre est parée de grâces et d’enchantemens ; ses forêts, ses fruits, ses oiseaux, ses fauves, tout est bien à elle, tout sera surprise et prodige pour ceux qui y viendront d’un univers différent. Des multitudes humaines l’habitent ; beaucoup de ces peuplades vivent encore à l’état sauvage, mais d’autres ont formé des empires policés, des foyers de civilisation à peine inférieurs à ceux de l’ancien monde. Tels l’empire des Incas et surtout celui des Aztèques, au cœur de ce continent. Ces sociétés sont régies par des lois fort semblables à celles qui gouvernent l’autre hémisphère ; ici, comme là-bas, ces lois découlent des instincts éternels du cœur humain. Au sommet, l’idée religieuse et ceux qui la représentent ; immédiatement au-dessous, la force militaire et ceux qui la détiennent ; ensuite la justice, les sciences, les arts ; à la base, supportant tout le poids social, le travail. Cette civilisation a les plus frappantes analogies avec celle de l’ancienne Egypte ; on y retrouve le caractère de grandeur, l’esprit hiératique et administratif, la culture scientifique, les procédés artistiques, les formes architecturales et jusqu’aux hiéroglyphes de l’empire thébain. La cour des souverains du Mexique rappelle la magnificence des Pharaons ; ils vivent entourés de scribes, d’astronomes, d’architectes et d’orfèvres ; les peuples conquis sont employés à bâtir dans leurs villes des palais, des temples, des pyramides. Les croyances religieuses des Aztèques, est-il besoin de le dire ? sont celles de tous les hommes et s’accommodent là, comme partout, au degré de développement de chaque conscience. A l’origine du dogme et pour les plus sages, un Créateur suprême, maître de