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Page:Revue des Deux Mondes - 1884 - tome 63.djvu/118

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d’accourir au dispensaire, car elle ne peut guère quitter sa chambre, où elle soigne son père paralysé. On lui dit : « Bon courage ! » On ordonne quelques médicamens pour lui laisser de l’espoir plutôt que pour tenter une cure impossible ; elle s’en va en secouant la tête et j’entends le bruit de ses sanglots pendant qu’elle descend l’escalier. Deux heures durant, il en est ainsi. On reconnaît tout de suite les enfans qui ne viennent pas pour la première fois dans le cabinet des consultations ; ils s’approchent de la supérieure, se frôlent à sa robe et tâchent de fourrer la main dans sa poche ; c’est que dans la poche il y a une bonbonnière et qu’ils savent bien que les bonbons sont pour eux.

Trois fois par semaine consultation gratuite et prolongée ; tous les matins, de huit à dix heures, traitement gratuit. Ils viennent, les malingres et les éclopés, on leur verse de l’huile de foie de morue, on leur fait avaler la « prise » de bromure, on les barbouille d’iode, on leur administre les douches prescrites et on les plonge dans des bains d’eau salée qui ressemblent, — d’un peu loin, — à des bains de mer. Le système balnéaire est aussi complet que possible ; il y a des enfans si petits que la baignoire serait périlleuse pour eux et qu’on la remplace par un baquet où, du moins, ils peuvent barboter sans risquer de se noyer. On les rend plus robustes, on en sauve beaucoup ; je ne puis citer des chiffres, car le dispensaire, ne fonctionnant que depuis une année, n’a pas encore rédigé son tableau statistique, mais j’ai parcouru le registre, où le docteur Comby inscrit ses observations et le mot « guéri » a souvent frappé mes regards.

La Société philanthropique, qui possède dans Paris onze dispensaires d’adultes, où, pendant le cours de l’année 1883, 3,595 consultations ont été données à 1,387 malades traités gratuitement sur la recommandation des membres de l’œuvre, n’a encore ouvert qu’un seul dispensaire pour les enfans, celui de la rue de Crimée, que nous venons de voir. C’était une tentative. L’essai a réussi au-delà de l’espérance, il faut le renouveler. Il y a là un instrument de salut de premier ordre, qu’il sera bon de multiplier. L’expérience n’est plus à faire ; on sait aujourd’hui ce que peut produire une telle infirmerie patronnée par des gens de bien, dirigée par un médecin habile et surveillée par des religieuses. Je serais bien surpris si le rêve de la Société philanthropique n’était point d’ouvrir un dispensaire pareil dans chacun des arrondisse-mens de Paris. Sinite parvulos venire ad me, on pourra inscrire cette épigraphe sur la porte. Ce rêve sera réalisé, car il correspond au besoin le plus ardent de la bienfaisance. Rappelez-vous la Charité, d’André del Sarto, « pâle, entourée de ses chers enfans qui pressent sa mamelle. » C’est la parole d’Alfred de Musset. En se